Allardyce : Sam suffit !

L'entraîneur de Blackburn est définitivement un personnage à part dans le paysage des managers de Premier League. Trop anglais, trop primitif, trop sulfureux. Trop méconnu surtout car à bien y regarder, Allardyce a plus d'un (mauvais) tour dans son sac. Portrait d'un homme qui dérange.

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Partons d'un postulat : ce qui est rare est précieux. Suivant ce principe, il faut donc convenir que la valeur de Sam Allardyce est appréciable. En effet, l'entraîneur de Blackburn fait partie des cinq Anglais assis sur un banc de Premier League. Rien que pour ça, Allardyce mérite le détour. Mais bien évidemment, le mentor des Rovers présente bien d'autres intérêts. Comme celui, vraiment pas banal, de ramer à contre-courant. Dans une Premier League qui se veut à l'avant-garde du football et de son évolution, Allardyce dispense à toutes les équipes qu'il dirige un jeu primitif à faire passer la soule pour une discipline futuriste. Ce style, quelque part entre le paléolithique et le néolithique, a même suscité les moqueries récentes de Rafael Benitez, pourtant peu suspecté de rechercher l'esthétisme quand il s'agit de ballon rond. « Je pense que leur jeu est un modèle pour tous les managers de football dans le monde. Un style de football que je pense que Barcelone devrait copier » a déclaré sur la BBC, le manager des Reds, juste après la rude victoire des siens sur Blackburn (2-1). Un Benitez qui avait pris soin de balancer quelques montages des Rovers au corps arbitral. Un peu salaud Rafa quand même. D'autant qu'en Allardyce, l'Espagnol se heurte à un client : l'Anglais se fout royalement de ce que pensent les autres, surtout quand ils sont étrangers.

Yoga et tai-chi

Si Big Sam se complaît tant dans son rôle de rustique de service, c'est pour mieux brouiller les pistes. Ainsi, vérification faite, il s'avère qu'Allardyce a été l'un des premiers à utiliser le logiciel ProZone, le logiciel informatique ultrasophistiqué qui mesure jusque dans les moindres détails les performances physiques des joueurs pendant les matches. Jamie Jackson, journaliste du Guardian et fin connaisseur du spécimen, confirme le souci de perfection du gaillard. « A l'époque où il coachait Bolton, Allardyce avait sollicité l'expertise de Humphrey Walters, sorte de gourou de l'évaluation physique auprès de sir Clive Woodward, à l'époque où l'Angleterre est devenue championne du monde de rugby en 2003. Et il faut aussi savoir qu'Allardyce n'a jamais lésiné non plus sur les techniques de récupération plus orientales comme les massages, le yoga ou le tai-chi. Non franchement, il ne faut pas croire que ce mec se cantonne à l'entraînement classique et après hop, tous au pub ! » . Et Jamie Jackson de renvoyer aux résultats sans faille d'Allardyce. « Il a fait de Bolton un club européen et il fallait voir l'équipe de bras cassés. Et honnêtement, être 12e avec Blackburn, c'est presque plus dur que d'être champion avec Manchester United » . Ok, ok. Mais faut quand même pas vernir le tableau plus qu'il ne faut car faut bien avouer que tai-chi ou pas, on a rarement vu modus operandi plus dégueulasse que celui dispensé par ses équipes. L'heure de noter aussi que s'il est vrai qu'Allardyce fait montre d'un vrai sens du bricolage avec des escouades en bois, aucun grand club n'est venu non plus le chercher et ce n'est pas probablement pas un hasard.

Une sombre affaire de pot-de-vin

Pour Jamie Jackson, l'affaire serait un poil plus compliquée que ça. « Les joueurs savent tous les moqueries et les stéréotypes qui entourent les équipes d'Allardyce et ils ne seraient pas chauds pour travailler avec lui. Un haut responsable de la fédération m'a expliqué qu'au moment où son nom circulait pour prendre l'équipe d'Angleterre, la FA y avait renoncé en partie à cause de sa réputation de coach primitif quand un Arsène Wenger est tellement plus synonyme de modernité. Le responsable en question avait même ajouté : “Et pourtant, nous savons bien qu'Allardyce pratique depuis longtemps ces nouvelles techniques qui font la bonne réputation de Wenger”. Vraiment, tout cela est avant tout affaire de réputation » . Ok mais pas seulement. Car Allardyce a aussi été mêlé à une sombre histoire de pot-de-vin. En 2006, alors à Bolton, Big Sam s'est fait piéger par un journaliste de la BBC infiltré comme agent qui aurait découvert les commissions touchées par le mentor des Wanderers, notamment pour le transfert de Ben Haim (75 000 euros), une somme confirmée par l'intermédiaire même d'Allardyce dans cette transaction... son fils, Craig ! Très soucieuse de son image (l'affaire du brassard de John Terry le démontre), la FA aurait donc freiné des quatre fers avant de s'attacher un boulet. Va donc pour le gentil Steve McClaren et son légendaire parapluie.

Curieuse Albion quand même qui s'accroche comme une damnée à sa couronne, son Boxing Day et autres traditions pour mieux écarter ses propres forces vives. Oui, un peu à l'instar d'un Harry Redknapp, autre gouailleur insulaire au dossier nébuleux, Allardyce semble irrémédiablement condamné à exercer à la périphérie de l'élite de la Premier League. Trop anglais, sans doute.

Traduit de l'anglais par Simon Capelli Welter, source The Sun.

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