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Allagui: « La Tunisie a les moyens de lutter »

Passé notamment par Anderlecht et Greuther Fürth, Sami Allagui fait aujourd’hui les beaux jours de Mayence en 1.Bundesliga. L’attaquant, qui s’apprête à disputer sa première compétition internationale avec les Aigles de Carthage qu’il fréquente depuis trois ans maintenant. L’occasion de s’exprimer sur cette Tunisie qui doit s’inspirer de celle qui a gagné le Championnat d’Afrique des Nations alors que le pays était dans le chaos. Une Tunisie nouvelle, donc, qui ne demande qu’à revenir sur le devant de la scène africaine.

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Sami, tu vas jouer ta première CAN, tu le vis comment?

C’est le premier grand tournoi que je vais jouer, et je suis super content. Je pense que nous nous sommes bien préparés pour cette CAN. Bien sûr, nous avons eu beaucoup de difficultés à nous qualifier, mais au final, c’est mérité. Nous avons maintenant une tâche importante devant nous, une tâche qui nécessite quelques changements. Moi, par exemple, je vais rater quatre matchs de Bundesliga avec Mayence. Toutefois, j’ai la chance de pouvoir disputer un tournoi en Afrique, ce qui est tout nouveau pour moi.

Est-ce qu’on peut parler de fierté?

Je pense que oui. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de répondre à la convocation. J’espère que nous ferons un bon tournoi, et que nous représenterons la Tunisie de la meilleure des manières.

D’habitude, à Mayence, tu joues en pointe. En sélection, il t’arrive de jouer sur le côté droit. Comment ça se fait?

C’est le coach qui me demande de jouer ailier. Il pense qu’avec mes qualités, je peux accomplir les différentes tâches, qu’elles soient offensives ou défensives. C’est vrai que je suis un attaquant de pointe de formation, je le resterai toujours, mais de temps à autre, je pense que c’est bien d’évoluer ailleurs sur le terrain.

Penses-tu que Sami Trabelsi te fait jouer à droite parce qu’il pense que tu as certaines qualités, que tu es rapide, que tu peux bien centrer… ?

Je pense qu’il m’a testé quelques fois sur le côté, qu’il a trouvé que j’avais fait de bons matchs, et il s’est conforté dans cette idée. Il sait que je suis un buteur et que je suis plus à l’aise en pointe, mais je n’ai aucun problème à jouer là où il me dit de jouer.

La Tunisie est tombée dans le groupe C, avec le Gabon et le Niger… Tu connais tes adversaires?

J’ai suivi un peu leur parcours. J’ai vu que le Niger s’en était très bien sorti, devant l’Egypte, notamment, ce qui n’est pas négligeable. Quant au Gabon, c’est le pays co-organisateur, et tout le monde sait que ce n’est jamais facile de jouer le pays hôte. Dans ce tournoi, il manque peut-être le Cameroun, le Nigeria, l’Egypte, mais quand tu arrives en phase de poules, il n’y a plus de petites équipes.

Dans ce groupe, la rencontre la plus attendue sera face au Maroc

Oui, c’est notre premier match, nous devrons nous la donner tout de suite. Le Maroc a une équipe très forte, un très bon coach en la personne d’Eric Gerets, qui prône une philosophie de jeu époustouflante. Mais nous ne sommes pas en reste, nous avons les moyens de lutter et de gagner cette rencontre.

Tu dis que le Maroc prône une philosophie de jeu époustouflante…

Oui, parce qu’ils ont eu une superbe évolution. Il y avait eu beaucoup de problèmes, certains cadres avaient même arrêté la sélection; puis Gerets est arrivé, ils n’ont perdu qu’un match durant les qualifs, contre l’Algérie je crois, et ils jouent un superbe football, je trouve.

Et du coup selon toi, c’est quoi, la philosophie de jeu tunisienne, avec Sami Trabelsi?

Nous n’avons pas de joueurs qui évoluent en Angleterre ou je ne sais où, et, à la différence du Maroc par exemple, nous n’avons pas de joueur qui soit capable de décider d’un match à lui tout seul. Nous sommes une équipe qui est plus compacte, chacun court pour l’autre, se bat pour l’autre; c’est ça qui fait notre force. Nous n’avons peut-être pas de Drogba, mais en tant qu’équipe, nous donnons tout sur le terrain.

Sami Trabelsi est un ancien défenseur central; tu trouves que ça influe beaucoup sur le style de jeu de l’équipe?

Oui, je trouve. C’est quelqu’un qui a beaucoup d’expérience, notamment dans le domaine défensif, et il tient à ce que l’assise défensive soit solide. C’est un entraîneur relativement jeune, qui fait des débuts très convaincants, à mon avis, et c’est aussi quelqu’un qui est très à l’écoute, avec qui tu peux vraiment parler de tout. Sûrement le meilleur entraîneur pour la Tunisie.

A propos de cette première rencontre face au Maroc, il y a déjà un contexte: l’Espérance qui gagne la Ligue des Champions africaine face au Wydad Casablanca, le Maghreb de Fès qui gagne la Coupe de la Confédération face au Club Africain… Du coup, penses-tu qu’il y aura un peu plus de tension le 23 janvier prochain?

Je ne pense pas que les résultats de clubs peuvent influencer un match entre deux équipes nationales qui, je pense, s’apprécient. Il y a beaucoup de joueurs qui évoluent en Europe des deux côtés. Bien sûr qu’il y a toujours ces histoires de rivalité quand des équipes tunisiennes et marocaines se rencontrent, mais là, on est un cran au-dessus: les supporters vont vibrer pour leur pays. C’est tout un pays qui en affronte un autre. Un match qui promet beaucoup d’émotions.

C’est quoi l’objectif de la Tunisie dans cette CAN ?

On veut commencer ce tournoi de la meilleure des façons et aller le plus loin possible. On a une équipe talentueuse, avec beaucoup de jeunes talents ainsi que des joueurs d’expérience, ce qui constitue un bon mélange. Il nous faut à tout prix oublier la CAN 2010 (la Tunisie avait fini dernière de son groupe avec trois matchs nuls, ndlr). On a de la pression, mais on y croit. Il nous faut absolument passer le premier tour.

L’an dernier, la Tunisie remportait le ChAN (Championnat d’Afrique des Nations, compétition qui a lieu en alternance avec la CAN, où seuls les joueurs évoluant dans un club de leur pays peuvent participer, ndlr) alors que la situation était chaotique au pays. Penses-tu que cette performance est à prendre en exemple?

Bien sûr, la Tunisie a montré de jolies choses au Soudan, il faut en tenir compte. Bon, maintenant, c’est la CAN, il y aura les plus grands joueurs d’Afrique, donc il en faudra un peu plus. Mais dans l’esprit, nous devons y aller comme ça, comme au ChAN. Tout est dans la tête. J’ai vraiment été content pour eux, surtout que cette victoire a lieu alors que le pays était en pleine révolution.

Tu es né et as grandi en Allemagne, tu es donc un Tunisien d’Europe. De loin, que penses-tu de la situation actuelle là-bas?

Je pense que le pays va dans la bonne direction. Il y a de plus en plus de libertés, et on sent que les gens sont à nouveau contents.

Tu penses que les Tunisiens sont contents de l’arrivée d’Ennahdha?

A mes yeux, ça m’est égal de savoir qui dirige le pays. Que ce soit Ennahdha ou un autre parti, le pays restera toujours ce qu’il a été. Maintenant, il ne peut évoluer que dans le bon sens du terme. Nous sommes un petit pays, un pays de tourisme avec tout ce que ça implique, et maintenant, nous sommes un pays qui ne demande qu’à avancer, et tous ensemble, cette fois. Et je pense que nous allons vers la bonne direction.

Une montée des salafistes n’est pas à craindre, donc…

Non, non. Ces choses-là, ce n’est pas dans notre mentalité. Ennahdha l’a bien compris d’ailleurs, de son côté, puisqu’avec le temps, les choses s’assouplissent, et tout est fait pour que les gens aient leur liberté. Que tu sois croyant ou non, que tu portes le voile ou non, on te respecte. Alors une montée des salafistes ou quoi, je n’y crois pas du tout. Nous avons une mentalité bien à nous que rien ne pourra mettre à mal.



Propos recueillis par Ali Farhat
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