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Alex Neil, l'homme qui veut faire voler les Canaries

En deux ans, Alex Neil est passé du statut d'entraîneur-joueur de Hamilton Academical, alors modeste équipe de D2 écossaise, à celui d'entraîneur le plus jeune, mais pas le moins talentueux de Premier League avec Norwich City. Une progression folle pour cet Écossais de 34 piges, fin tacticien et meneur d'hommes.

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Il n'y a pas si longtemps encore, le seul Alex Neil connu au Royaume-Uni était un Écossais d'une soixantaine d'années, au teint rose bonbon et au métier un peu technique de secrétaire d'État à la Justice sociale, aux Communautés et aux Droits des retraités au sein du gouvernement SNP de Nicola Sturgeon. Mais depuis six mois, un autre Alex Neil, écossais lui aussi, a crevé l'écran. Pas sur le terrain politique, ni dans les couloirs d'Holyrood, siège du Parlement scot, mais sur le pré vert de Carrow Road, antre des Canaries de Norwich City. Anonyme débarqué en janvier dernier au chevet d'une équipe embourbée à la huitième place de Championship, Neil s'est fait un nom et un prénom en retapant les Vert et Jaune. Le manager écossais a guidé les siens vers une promotion inespérée, avant de réaliser un bon début de saison pour son baptême en Premier League. Avant leur déplacement à Anfield, les Canaries pointent à la neuvième place du classement. Honorable pour une équipe destinée à batailler toute la saison pour sauver sa peau dans l'élite.

Légende vivante à Hamilton Academical


« À l'époque, il était déjà au-dessus » , raconte Guillaume Beuzelin, formé au Havre, exilé en Écosse et devenu entraîneur adjoint de Hamilton Academical, modeste mais surprenant club de D1. L'époque en question n'est pas si lointaine, elle remonte à 2009. Quand le Français débarque à Hamilton, Alex Neil est encore ce milieu de terrain chauve et rugueux, adoré des fans et fin tacticien, capitaine depuis son arrivée chez les Accies en 2005. « Il était presque l'assistant du coach. Un vrai leader sur le terrain. L'entraîneur lui demandait toujours des conseils, ce qu'il pensait de tel ou tel joueur, de telle ou telle tactique. On savait tous qu'il deviendrait manager. » Et ce qui devait arriver arriva plus tôt que prévu. Avril 2013, l'enfant du pays - il est né à Belshill, à cinq kilomètres de là - remplace le manager Billy Reid parti jouer les adjoints en Suède. Nommé entraîneur-joueur à 31 piges et quelques mois, Neil s'offre une finale de First Division, et donc une promotion en Scottish Premiership, dès sa première saison sur le banc. De quoi renforcer son statut de légende vivante chez les Accies. « Il est en photo partout au club, plaisante Guillaume Beuzelin. Il connaît tout le monde. Quand il était encore joueur, il entraînait déjà les moins de 17 ans et la réserve. Lorsqu'il est devenu coach, il a fait monter plusieurs jeunes en équipe première et a construit son groupe comme ça. » La belle aventure se poursuit dans l'élite. Á l'automne dernier, Hamilton règne sur l'Écosse grâce à une série de neuf matchs sans défaite. Cerise sur le gâteau, les Accies s'offrent le scalp du Celtic dans son stade. Un succès historique et inédit depuis 1938.

Alex Neil a beau être de la même génération que ses joueurs, pas question de faire ami-ami, ni d'aller boire des pintes ensemble. Ce qu'il aime, lui, c'est la rigueur et la discipline. Un homme de valeurs. « Si tu n'adhères pas à sa manière, si tu ne fais pas les exercices comme il veut, tu ne vis pas » , se souvient Guillaume Beuzelin. D'ailleurs, le principal intéressé ne s'en cache pas. « J'ai été capitaine dès mes 23 ans et si quelqu'un ne se bougeait pas, il ne fallait pas me pousser pour que je lui dise ce que j'avais à lui dire » , lâchait-il à l'Independent en avril dernier. Surtout, Neil « ne demande de conseil à personne » . Dans les colonnes du Guardian, Sébastien Bassong, remis sur pied par Neil à Norwich, abonde dans le même sens. « Il est arrivé avec une telle confiance et connaissance du football. Et puis c'est un Écossais, il a grand cœur. Tu ne peux pas déconner avec lui. Il est droit et juste. Il savait ce qu'il voulait faire et l'a fait. C'était exactement le genre de coach qu'il nous fallait pour avancer. »

Plus jeune entraîneur de la saison en Premier League


Car après son début de saison tonitruant, Hamilton et son football offensif intriguent par delà les rives de la Tweed. Norwich City a le nez creux et les yeux doux. Alex Neil n'y résiste pas. Lors du mercato hivernal, l'Écossais franchit le mur d'Hadrien et débarque dans le Norfolk avec son milieu de terrain et meilleur buteur, Tony Andreu, dans les valises. Si pour ce dernier, la marche est trop haute – souvent remplaçant, Andreu est finalement prêté cet été à Rotherham United en D2 anglaise – Neil, lui, s'adapte à merveille. « La première fois que je l'ai rencontré, il m'a pris dans son bureau et m'a dit : "Je ne sais pas ce qu'il s'est passé avant et je ne veux pas le savoir. J'ai besoin de mon meilleur joueur, alors si tu es d'accord, on va travailler ensemble", raconte Bassong au Guardian. Je lui ai serré la main et voilà. » Et voilà, l'international camerounais, pourtant triquard au club, devient un homme de base du système Neil, et Norwich réalise une seconde partie de saison de folie. Les Canaries remportent 17 victoires sur les 25 rencontres disputées et décrochent leur ticket pour la Premier League à Wembley, en finale de play-offs face à Middlesbrough. Non seulement, les Canaries gagnent, mais ils le font en beauté. Chiffres à l'appui : 56% de possession, 77% de passes réussies et un duo d'attaque irrésistible (20 buts pour Cameron Jerome, 13 assists pour Nathan Redmond). Pendant ce temps à Hamilton, les Accies, orphelins de leur coach, mettent 14 matchs avant de retrouver le goût de la victoire et dégringolent au classement.

Premier League ou pas, Alex Neil ne déroge jamais à sa philosophie de jeu. L'attaque, l'attaque et encore l'attaque. Après tout, le but du football, c'est de marquer plus que son adversaire, non ? Justement, avec huit pions, Norwich est l'une des équipes les plus prolifiques de ce début de championnat. Les Canaries ont tiré 56 fois au but (une moyenne de 11 frappes par match) et centré à 76 reprises. C'est mieux que Leicester et Manchester United, respectivement deuxième et troisième. Cet été, l'entraîneur le plus jeune du championnat a conservé son noyau dur de la saison passée et recruté habilement sans se ruiner : Youssouf Mulumbu, Dieumerci Mbokani, Matt Jarvis et Andre Wisdom sont arrivés gratuitement. Robbie Brady lui a coûté 7 millions de livres. Seul hic, si les Canaries marquent des buts, ils en concèdent aussi pas mal (neuf en cinq journées, 17e défense de Premier League). Au moins, les fans de Carrow Road sont certains de voir des buts cette saison.

Par Thomas Porlon
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