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Alain Perrin : « L’investisseur chinois veut de la rentabilité »

Carlos Tévez, Oscar, Axel Witsel... Cet hiver encore, les cadors de la Super League chinoise sont bien décidés à faire péter les millions pour attirer les noms clinquants. Pendant deux ans, Alain Perrin a été sélectionneur de l’équipe nationale de Chine, avant d’être limogé début 2016. Aujourd’hui, il garde un œil avisé sur ce championnat en pleine mutation, avec « l’espoir de retravailler en Chine » . Alors, la Chine, Eldorado pour se remplir les poches ou futur championnat qui pèse ?

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Quelle est la place du football en Chine ?
En Chine, le football est très regardé et apprécié à travers la Ligue des champions, le football anglais, les meilleurs clubs espagnols et italiens. La Coupe du monde, évidemment, même quand les Chinois ne sont pas concernés (l’unique participation de la Chine au Mondial remonte à 2002, ndlr). Depuis longtemps, déjà, les Chinois aiment les stars. Les affluences commencent à être intéressantes parce que, justement, il y a l’arrivée de ces joueurs étrangers – en grande majorité des Sud-Américains – qui élèvent le niveau de jeu du championnat. Pas mal de clubs qui font plus de 40 000 spectateurs de moyenne à domicile : les clubs de Pékin, Guangzhou... Mais même dans des villes où les clubs n’ont pas de gros moyens, ce sont quand même des capitales de province d’un million d’habitants, et les clubs arrivent à attirer plus de 20 000 spectateurs.

Vanderlei Luxemburgo, Luiz Felipe Scolari, Manuel Pellegrini, Fabio Cannavaro, Felix Magath, Gustavo Poyet, André Villas-Boas... Sur les bancs du championnat, le casting a de l’allure. Est-ce que ces coachs de renom ont déjà un impact sur le niveau du football chinois ?
« Il y a très peu de clubs qui travaillent sur la formation et les joueurs chinois. Donc il y a trois, quatre bons joueurs, mais autour ça reste moyen. »
Non, je ne trouve pas. C’est intéressant pour le sélectionneur (Marcello Lippi est à la tête de l’équipe du Dragon depuis novembre dernier, ndlr) parce que, comme les meilleurs joueurs chinois sont concentrés dans les meilleurs clubs, ils sont confrontés à des coachs avec de l’expérience. Malheureusement, les collègues chinois font avec les moyens du bord. Ils ne peuvent pas transformer les joueurs. Shanghai Greenland Shenhua, qui vient de recruter Tévez, est un club avec de gros moyens, qui avait déjà fait venir Drogba, Anelka... Qui mise tout sur les étrangers, sans s’occuper des Chinois. Résultat des courses : je n’avais aucun joueur de cette équipe-là dans l’équipe nationale. Il y a très peu de clubs qui travaillent sur la formation et les joueurs chinois. Donc il y a trois, quatre bons joueurs, mais autour ça reste moyen.

Comment l’expliquer ? Vous disiez justement que le public aime les stars...
Ils pensent que les joueurs étrangers vont faire la différence. C’est le cas entre équipes moyennes et équipes faibles, mais ceux qui arrivent à être en haut de tableau réunissent à la fois des bons étrangers et des bons joueurs chinois.


Est-ce que le « transfert des compétences  » se fait entre les stars occidentales et les locaux ?
Même si les étrangers ont un bon esprit, le problème c’est la communication. Parce que les joueurs chinois ne parlent pas anglais. Moi, je passais toujours par l’intermédiaire de l’interprète chinois. Même au bord du terrain. Dans les vestiaires, les joueurs étrangers se regroupent entre eux, vivent entre eux, et ils n’ont que peu d’influence sur les joueurs chinois. Alors qu’en Europe, si vous êtes étranger, vous baragouinez un peu anglais et vous arrivez à vous faire comprendre. Oui, les stars apportent quand même de l’expérience, mais les joueurs ne sont pas assez nombreux. Il s’agit de seulement quatre joueurs, et tous n’ont pas le charisme pour « être capitaine » . Ils font leur job, sans plus – sans dire que ce sont des mercenaires –, mais on sent pendant les matchs qu’il y a toujours le problème de la communication. Comme la communication est une difficulté, certains jouent leur registre perso sans influer sur l’équipe. Il y a quelques pros qui stimulent les autres, mais c’est une minorité.


Si on regarde le profil des Occidentaux qui atterrissent en Chine, ce sont toujours des joueurs offensifs. Pourquoi juste acheter des attaquants ?
« Sur les dix-huit clubs du championnat, il n’y avait pas dix attaquants chinois qui avaient du temps de jeu. Les attaquants chinois sont sur le banc. »
Parce qu’il n’ont pas le droit d’acheter plus de quatre joueurs étrangers. Sur les quatre, il y a forcément un Asiatique – très souvent un joueur sud-coréen ou australien (la Fédération australienne a rejoint la Confédération asiatique depuis 2006, ndlr). Donc il ne reste que trois places pour des Européens ou Sud-Américains. Ils cherchent à attirer des joueurs «  qui ne sont pas finis » . Ils ont déjà été échaudés avec des joueurs de trente-huit, trente-neuf ans, donc ils vont plutôt chercher des garçons de trente-deux, trente-trois ans, et dans leur philosophie, ils privilégient la qualité offensive. Ce qui posait d’ailleurs un énorme problème pour la sélection nationale, car sur les dix-huit clubs du championnat, il n’y avait pas dix attaquants chinois qui avaient du temps de jeu. Les attaquants chinois sont sur le banc.

Vous pensez que ces méga transferts de joueurs venus des championnats européens sont contre-productifs pour le football chinois ?
Ça crée quand même une locomotive pour les joueurs et surtout ça produit un éclairage médiatique. Ça fait venir du monde au stade, ça donne une image positive du foot, ce qui peut susciter ensuite une vocation chez les gamins.

Est-ce que ces investisseurs arrivent à s’y retrouver financièrement. Parce qu’à l’image d’Oscar (70 millions d’euros de transfert, près de 480 000 d’euros de salaire hebdomadaire), tous les joueurs occidentaux sont surpayés...
Je ne pense pas. L’investisseur chinois, il veut faire de la rentabilité. Malheureusement, comme il ne connaît pas bien le football, il y a une certaine forme de naïveté. Comme ils prennent des joueurs en fin de carrière, ils ne peuvent pas les revendre, donc c’est quasiment voué à l’échec d’avoir un retour sur investissement. En plus de ça, les droits TV sont très minimes et mutualisés. Et une compétition comme la Ligue des champions asiatique ne peut pas engendrer autant d’argent que la Ligue des champions chez nous. Dans un premier temps, ce n’est pas trop problématique pour eux. Ils y gagnent en matière d’image. Mais la limite de cela, c’est qu’à un moment, y compris par rapport aux investissements qu’ils réalisent en Europe, s’ils n’ont pas ces retours sur investissements, ils vont s’épuiser ou se lasser sur la durée. C’est très aléatoire.


Comment sont payés les joueurs chinois ?
Les joueurs de première et de deuxième division sont professionnels. Il y a une troisième division où jouent les équipes réserves, mais il faut savoir qu’il n’y a pas de club amateur, il n’y a pas de club de jeunes. Les joueurs de première et deuxième division sont payés avec des variations de salaire énormes par rapport aux joueurs qui arrivent des championnats européens. Les meilleurs joueurs chinois qui jouent en équipe nationale sont bien payés – s’ils ont 20 000 ou 30 000 euros par mois, c’est énorme pour eux par rapport au coût de la vie en Chine. Pour autant, en Asie, le championnat chinois est le plus rémunérateur, et arrive à attirer des Sud-Coréens.


Quelles sont les caractéristiques du championnat chinois ? En matière de niveau, vous avez déclaré pour Le Parisien : « Les meilleurs clubs de Chinese Super League figureraient plutôt en seconde moitié de tableau en Ligue 1 » ...
« Ils sont très disciplinés en début de match, mais en fin de match, même si vous gagnez 2-0, vous pouvez en prendre trois parce que ça part dans tous les sens. Il leur manque la maturité et la maîtrise du jeu. »
Le joueur chinois est tourné vers l’offensive. Les rencontres sont assez enlevées, surtout les débuts de match. Comme ils ont beaucoup d’énergie, ils se livrent beaucoup, mais avec la fatigue, ils perdent leur lucidité. Ils sont très disciplinés en début de match, mais en fin de match, même si vous gagnez 2-0, vous pouvez en prendre trois parce que ça part dans tous les sens. Il leur manque la maturité et la maîtrise du jeu. Il y a un arbitrage relativement sévère, de fait, il y a très peu de contacts. Globalement, le niveau technique est moyen et très disparate. Il y a une hiérarchie : Guangzhou Evergrande est au-dessus, ensuite quatre, cinq clubs se battent pour les places d’honneur et il y a ceux qui jouent le maintien.

Le président chinois Xi Jinping a exprimé sa volonté de faire de la Chine un grand pays de football à l’horizon 2050. Est-ce que vous avez eu l’occasion de le rencontrer ?
Non, je ne l’ai pas rencontré. J’ai pu rencontrer quelqu’un d’important au ministère des Sports, mais là-bas, les messages, c’est très vertical et généralement dans un seul sens... Que la Chine devienne un grand pays de football en 2050, c’est possible parce qu’ils ont la loi du nombre et le temps. La première étape, ça a été de se rapprocher des meilleures nations asiatiques. Ils ont récupéré leur retard sur le Japon et la Corée, mais quand on voit que les équipes asiatiques ont toutes fini dernières de leur poule à la dernière Coupe du monde (Australie, Iran, Corée du Sud, Japon, ndlr), ça montre bien qu’il y a du retard. Ça passera par la formation des joueurs et ensuite l’exportation. Et quand il y aura des joueurs qui auront suffisamment d’expérience, en jouant la Ligue des champions en Europe par exemple, à ce moment-là, vous aurez une chance pour l’équipe nationale. Le système de formation est encore à l’état embryonnaire. Mais après, ça va vite parce qu’ils vont faire ça à grande échelle...


Qu’est-ce qu’il manque actuellement ?
Les compétitions de jeunes. Il y a les Oscars à la fin de la saison. L’année où j’étais sélectionneur, il n’a pas pu y avoir d’Oscar du meilleur espoir parce qu’il n’y avait aucun joueur de moins de vingt-deux ans qui jouait en équipe première. Comme ils n’ont pas fait de formation, qu’ils n’ont pas joué de compétitions, les jeunes de vingt/vingt-deux ans ne sont pas mûrs physiquement, tactiquement...

Pourquoi une telle volonté du président chinois de développer le football en Chine ?
Le sport est un bon vecteur pour asseoir son image à l’échelle mondiale. Au départ, ils se sont dit : « On va avoir des médailles olympiques. » Ils se sont donné les moyens pour développer les sports olympiques. Maintenant, ça, ils savent faire, une médaille olympique, c’est presque banal pour eux, et la volonté d’en haut, c’est : « On veut être présent sur le plan football. »

Il y a quelques années, la mafia chinoise avait la mainmise sur le football chinois. Qu’en est-il de la corruption aujourd’hui ?
« En Chine, les gens se sacrifient beaucoup pour la réussite sociale de leur enfant, et le football n’était alors pas un vecteur de réussite sociale. »
Ça remonte à une quinzaine d’années maintenant. Depuis, il y a eu une opération main propre de l’État. Je ne pense pas que l’on reverra de la corruption de façon aussi organisée. Il peut toujours y avoir des dérives, mais ça s’est passé aussi en Belgique ou en Italie, il n’y a pas si longtemps. Il y avait à la fois cette problématique de la corruption, mais aussi la politique de l’enfant unique qui a plombé l’engouement des jeunes pour le football : les gens se sacrifient beaucoup pour la réussite sociale de leur enfant, et le football n’était alors pas un vecteur de réussite sociale. L’image du football a été revalorisée et peut apparaître maintenant comme un facteur d’ascension sociale.


Par quels moyens ?
On va inciter les gens avec le star system, la mise en valeur des internationaux chinois. Je vais prendre l’exemple du centre de formation de Guangzhou, qui est en partenariat avec le Real Madrid : ils ont 3 000 joueurs, 150 entraîneurs, 60 terrains de football. C’est colossal. Mais là, les gens s’inscrivent, et payent l’école. Ce n’est pas un centre de formation comme nous on le conçoit, mais une école de formation où les gens s’inscrivent quel que soit leur niveau. Il y a des gens qui inscrivent leur gamin en espérant que demain, il devienne peut-être une star.



Par Florian Lefèvre
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