1. //
  2. // 30e journée
  3. // Atlético Madrid/Real Sociedad

Aitor Zabaleta, première victime du Front

Atlético de Madrid - Real Sociedad n'est pas seulement synonyme de retrouvailles pour Antoine Griezmann. Pour les supporters txuri-urdin, c'est également le triste souvenir du meurtre d'un des leurs, Aitor Zabaleta, assassiné par la sauvagerie du groupuscule nazi et branche du Frente Atlético, le Bastion 1903.

8 4
Le 31 août dernier, la Real Sociedad s'offre le Real Madrid. Une victoire 4-2, au talent plus qu'homérique, qui n'est pour autant pas le moment fort de cette dernière semaine des grandes vacances aoûtiennes. Deux jours plus tôt, le vendredi donc, la municipalité de San Sebastián promet de rebaptiser une place en l'honneur d'Aitor Zabaleta. Jeune supporter des Txuri-Urdin, il avait commis le crime de se balader, liquette blanquiazul sur le dos, aux abords du Vicente-Calderón un soir de décembre 1998. 17 ans plus tard, le meurtre de cet aficionado de 28 ans est encore dans toutes les têtes. « Ce n'est pas seulement le club qui le garde en mémoire, c'est toute la ville. Pour ma part, je connais son père… Dès que l'on peut, le club, les vétérans, nous essayons de lui rendre hommage. Mais ce sont en général les peñas qui le lui rendent le plus souvent » , raconte Alberto Gorritz, ancienne gloire d'Anoeta et aujourd'hui président de l'Association des vétérans de la Real. Cet acte barbare, commis par un membre de l'époque du Frente Atlético, rappelle qu'aux abords du Calderón, il y a eu un avant-Jimmy.

Le Bastion 1903 et sa horde de skinheads


Cet avant prend racine le 24 novembre 1998. Alors en déplacement à Anoeta pour un match aller de Coupe du Roi, l'Atlético de Madrid est accompagné par quelques fidèles. Parmi eux, un bus se remplit de membres du groupe Bastion 1903, frange la plus radicale du Front de l'Atlético - en VF dans le texte. Le résultat n'importe que peu à ces néo-nazis testostéronés. De retour à Madrid, ils ne retiennent que l'embuscade tendue par leurs rivaux de la Real. Leur convoi caillassé, ils promettent de se venger dès la manche retour. En guise d'apéritif, ils se paient quelques supporters basques, cette fois de l'Athletic Bilbao, le 5 décembre. Trois jours plus tard, c'est au tour du fanion de San Sebastián de débarquer au Vicente-Calderón. Dès la pause de midi, les membres du Bastion 1903, mené par l'ultra-violent Miguel Angel Marcos Bueno dit El Tocho, s'attaquent à tous ceux qui s'apparentent à un supporter de la Real Sociedad. Sans distinction d'âge ni de sexe, son armée de skinheads et autres fascistes tapent dans le tas, de la Plaza Mayor jusqu'à l'antre des Colchoneros en passant par les ruelles du centre ville.

Aux alentours de 18 heures, le bus de la peña Izar, essentiellement composée d'enfants et de femmes, se range près du Vicente-Calderón. « Nous sommes arrivés au stade et nous avons demandé à un policier municipal où nous pourrions grignoter quelque chose avant de voir le match, témoigne lors du procès un supporter donastien. L'agent nous a envoyés au bar "El Parador", sans que nous sachions que c'était le point de rencontre de certains supporters de l'Atlético. » Sitôt dans le troquet, un barman les prévient qu'il s'agit d'un point de ralliement de certains fanatiques du Bastion. Trop tard, puisque ces suiveurs basques sont pris à partie. Les insultent pleuvent, des coups partent et les écharpes sont déchirées. Apeurés, les membres de la peña tente de se réfugier dans l'enceinte des Rojiblancos. En vain, puisque les portes du Calderón sont encore closes. Plusieurs dizaines de hooligans leurs tombent dessus. Aitor Zabaleta, qui protège un enfant de six ans, tente alors de venir en aide à sa copine, elle aussi prise à partie. Sur son chemin, il croise quatre furieux dont Ricardo Guerra, qui lui transperce le cœur d'un coup de canif.

« Ce n'est plus un simple match de football »


Chancelant, il atteint sa chère Veronica, qui prévient de suite la police. Emmené en urgence à l'hôpital, il ne se remet pas de sa blessure et connaît son dernier souffle aux environs de 3 heures. Son assassin est rapidement identifié, mais les autorités tardent à s'activer. Sous la pression médiatique, elles troquent leur hypothèse d'une échauffourée pour celui de meurtre. Bien connu des systèmes judiciaire et carcéral, Ricardo Guerra est décrit par Manuel Iglesias, chef du groupe de violence urbaine de la brigade d'information de la police nationale, comme « un skin, un nazi violent » : « Il sévissait à Moncloa et a connu plusieurs détentions. Il a toujours fait usage de canif » . Reconnu coupable du meurtre d'Aitor Zabaleta, il symbolise l'ultra-violence prônée par le Bastion 1903, « section du Frente créée parce que le Frente Atlético était justement trop mignon » , dixit un policier au tribunal. Condamné à 17 ans de prison, son nom a longtemps été scandé par une partie du Frente Atlético. Un nom qui, pour Alberto Gorritz, « renvoie toujours à ce triste souvenir » . Désormais, pour les supporters de la Real et lui, « ce n'est plus un simple match de football » .

Par Robin Delorme, à Madrid
Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Rochantas Niveau : CFA2
Excellent article. Quelle horrible histoire! Mourir pour du football c'est grave !
Il n'est jamais as pour du football
Il n'est pas mort pour du football
Voila la raison pour laquelle Griezmann a été pourri à son retour à Anoeta, il a choisi d'aller dans le club le plus détesté à San Sebastien. Sinon les autorités ont quand même une responsabilité dans la mort de Jimmy, rien n'a été fait depuis 1998 pour freiner la violence du Frente. L'enquête avait même pris des semaines à l'époque. Pendant des années ces mecs ont vécu en toute impunité, chantant a la gloire de Guerra. Trop de tolérance vis a vis de l'extrême droite en Espagne.
Partenaires
Logo FOOT.fr Olive & Tom
8 4