1. // Reportage

Agents, une nouvelle voie ?

Hier matin au Parc des Princes, les fondateurs de la toute récente Ecole des Agents de Joueur de Football (EAJF), Hugo Zeitoun et Sidney Broutinovski, donnaient une conférence avec leurs associations partenaires. Le but : expliquer en quoi leur bébé était novateur et quasi-révolutionnaire. On y était...

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Un petit escalier dérobé derrière une entrée de la tribune présidentielle mène à la salle de conférence où a lieu la rencontre avec les créateurs de l'EAJF, comprendre l'Ecole des Agents de Joueur de Football. A l'intérieur, petit bar, canapés confortables, murs peints en rouge et bleu, allures d'hommes d'affaires. Hugo Zeitoun et Sidney Broutinovski expliquent vouloir former la nouvelle génération d'agents d'après la devise « faire passer l'intérêt du joueur avant celui de l'agent » . Trop mignon. Leur école doit éduquer les futurs agents en tentant de les moraliser et d'apporter de l'éthique dans un milieu décrié. Tout un programme. Hugo, qui a suivi une formation de droit italien, s'est lancé dans cette bataille parce que, dégoûté, il en avait marre de ces « incompétences généralisées au sein du foot pro » . Son compère Sidney, lui, vient du monde immobilier. « J'ai grandi en banlieue, mes potes jouaient à Créteil ou Alfortville et j'étais le seul de ma bande à faire des hautes études. Mes amis me demandaient donc souvent des conseils » raconte-t-il. Ecoeurés de voir que «  60% des agents » n'étaient pas recommandables, disent-ils, ils décident de monter leur propre école pour enseigner aux agents en puissance beaucoup de droit mais aussi pas mal de sciences humaines, notamment avec des analyses de la psychologie des jeunes joueurs et du contexte où ils ont grandi.

En ce sens, Jean-Claude Mvoumbin, président de Culture Foot Solidaire, une des nombreuses associations qui soutiennent le projet, prône depuis des années ce « management interculturel » et une plus grande connaissance des particularités des pays africains. Afin d'éviter, par exemple, les histoires trop banales de ces jeunes joueurs venant d'Afrique traités comme des moins que rien, et même parfois abandonnés à l'hôtel, par les agents qui les ont pourtant fait venir, parce que pas assez bons. Business is business, hein. Intervient ensuite Nicolas Millet, le plus jeune agent diplômé d'Europe, et ses anecdotes incroyables : contacté par des agents anglais soucieux de se trouver un néophyte sans contact, il s'est retrouvé au cœur d'une escroquerie. Il faisait, à son insu, faire des tests à des jeunes africains à Porte de Pantin et à Saint-Denis, en leur promettant que des clubs de seconde zone espagnole s'intéressaient à eux. En réalité, les Anglais voulaient les envoyer dans des équipes pourries en Malaisie ou au Vietnam. Voilà pour le côté obscur de la profession. Ca fait rêver.

Alexandre, la trentaine et travaillant dans le droit du sport, interpelle les intervenants en louant leur idée mais en expliquant «  qu'il sera très dur de faire le chevalier blanc » , surtout dans une profession où les règles sont établies depuis longtemps. Hugo Zeitoun, plutôt irritable lorsque les questions ne vont pas dans son sens, rétorque que ce discours est «  symbolique de l'immobilisme institutionnel en France » . Et pan ! Mais une question mérite d'être posée : la vénalité n'est-elle pas la limite de cette formation autoproclamée moralisatrice ? «  On n'est pas les Ayatollah du capitalisme non plus » se défend Hugo. Avec les valeurs inculquées par l'école, les fondateurs estiment que leurs protégés n'iront pas à l'encontre de la morale et ne dépasseront pas les limites fixées par l'éthique. Cependant, dans le cas contraire, qui va les sanctionner ? Dans les faits, personne. Après l'acquisition du diplôme officiel reconnu par la FFF, ce marché est totalement opaque et très peu contrôlé. «  Au moins, on essaie de changer les choses » déclare Mvoumbim avant de citer Aimé Jacquet au sujet des trafics de joueurs africains : «  c'est vrai que la tâche est immense, mais, ou on laisse tomber, ou on essaie de faire quelque chose » . Touché ?

Vincent Gersin

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C'est Pascal Olmeta qui en a parlé avec persipcacité,de ce métier d'agent de joueur de foot .
A l'époque , titulaire à l' ol , le gardien corse a dit à peu près ce ci : "c'est bizarre , mon agent , je le vois dans des périodes proche des transferts et pendant la période officielle des transferts et le reste de l'année , je ne le vois pas, je ne sais pas ou il est" (sous entendu ,a priori,l'agent est en en vancances lereste du temps dans une villégiature paradisiaque de type bahamas ou il séjourne dans un paradis fiscal comme le lichtenstein ).
C'est très bien de vouloir moraliser la profession mais est ce qu'ils dispenseront une formation en gestion du racket, des menaces, des pressions, des retrocommissions ?
Parce que être tout seul à être moral ça ne sert pas à grand chose tant que les clubs, les joueurs, et surtout les instances continuent à entretenir un système aussi opaque.
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