Affaire Cabanas : une réalité mexicaine

Gravement blessé par balle il y a huit jours, Salvador Cabanas a retrouvé l'usage de la parole samedi et aurait même déclaré à son père qu'il voulait jouer la Coupe du Monde. Une volonté en apparence aussi insensée que les détails de l'affaire Cabanas, qui mêle un agresseur à sept identités, le témoignage-clé de la Loana mexicaine et deux litres de whisky une veille d'entraînement. Entre autres.

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Dimanche après-midi, le stade Aztèque a pris des allures de cathédrale. Les supporters de l'America étaient venus communier pour envoyer des good vibes à Salvador Cabanas, toujours dans un état critique, malgré les signaux encourageants donnés depuis ce week-end. Pour manifester l'affectation et l'affection d'un club envers son avant-centre, l'America donna le coup d'envoi à 10. Entré sur le premier arrêt de jeu, la doublure de Cabanas, Enrique Esqueda, sera le seul buteur du match face aux Indios de Ciudad Juarez. Comme si l'esprit de Chava, le surnom de Cabanas, avait habité sa doublure, comme veulent le croire les plus pieux des americanistas. Mais loin des beaux gestes, des belles pensées et des démonstrations d'union sacrée données par la grande famille du foot, la première semaine d'enquête consécutive à l'agression de l'international paraguayen a avant tout mis en avant le côté obscur du Mexique.




La corruption tout d'abord. Au moment du drame, le club très VIP le « Bar-Bar » aurait dû fermer ses portes depuis plus de deux heures. Mais entre la loi et son application, la marge se veut souvent large de Tijuana à Cancun. Quelques liasses de pesos aidant (trop) souvent à s'affranchir des contraintes législatives. C'est d'ailleurs dans cet esprit que le patron de l'établissement de nuit aurait proposé à l'épouse de Cabanas de prendre la note de la soirée arrosée à sa charge (deux litres de whisky ont été commandés) en échange d'un faux témoignage. Le même homme selon plusieurs employés ordonna que la scène du crime soit lavée illico, et Cabanas transporté des toilettes au trottoir. Pour le Tony Gomez mexicain, rien ne s'était passé entre les murs de sa propriété.

Un fait divers pas anodin




L'agresseur de Salvador Cabanas maintenant. Cet habitué du « Bar-Bar » utiliserait sept identités, et louerait au moins quatre domiciles. Le « JJ » , l'un de ses surnoms, a aussi coutume de rouler avec une voiture sans plaque, et manifestement, de sortir armé. Officiellement, si rien ne prouve qu'il officierait comme narcotrafiquant, il en a bien la sale allure. La rumeur populaire en a d'ailleurs déjà fait un « narco » dans un pays où le trafic de blanche et de marijuana infecte un nombre croissant de régions. Pour mesurer l'étendue du pouvoir des cartels, on apprenait par exemple samedi que la « Famille » du Michoacan avait torturé de présumés violeurs et voleurs, avant de les faire défiler dans les rues de la ville de Zamora, le tee-shirt levé pour exposer leurs blessures, et une pancarte affichant leur crime ou délit à la main. Si la mafia donne la justice...




A l'America, on a aussi opté pour l'analyse sociétale du fait divers. La direction a ainsi avancé de quelques semaines une campagne pour la paix : « Nous cherchons à ce que nous les Mexicains retrouvions nos valeurs, pour dépasser ainsi cette difficile période d'insécurité et de violence ... » a annoncé le club dimanche, sans oublier de mettre en avant son sponsor « Nike » . Un drame a beau toujours avoir sa part de hasard, il a aussi son taux de probabilité selon l'endroit où il se déroule. Où avait-on déchargé du plomb pour la dernière fois sur un footballeur de renom ? A Medellin, en 94. La Colombie menait alors le classement du trafic de drogue et des morts violentes. Andres Escobar avait pris 12 balles dans la peau. Cabanas a été plus chanceux.

Une histoire de blondes




L'identification de l'agresseur de l'international paraguayen n'aurait sans doute pas été aussi précise sans le témoignage d'une jeune femme blonde à forte poitrine, Silvia Irabién, dit « la Chiva » , lauréate du Big Brother mexicain. Quand elle prend connaissance des bandes vidéo de la soirée, diffusée sur les écrans mexicains, elle reconnait l'homme qui lui a fait un enfant il y a trois ans. Mais pas son petit nom. Pas frileuse, elle explique avoir entretenu une relation non formelle avec le caïd, en gros d'avoir été son « sex friend » . Un langage de vérité assez nouveau pour la Loana mexicaine, qui avait annoncé avoir été inséminée artificiellement. Et dans un souci de transparence, avait alors précisé que le donneur disposait des mêmes caractéristiques physiques que les siennes : grande, blonde et blanche... Pas vraiment le signalement du « JJ » .




Une autre grande blonde avait tenu la vedette au lendemain des faits : « La Cubaine » , comme la presse locale la dénommait. Selon une première version, cette danseuse habituée du « Bar-Bar » avait été la source de la discorde entre Cabanas et son agresseur. « El JJ » , dit aussi « El Modelo » n'ayant pas apprécié que le beau-frère du joueur se rapproche de la jeune femme attablée à ses côtés. Finalement, c'est de foot qu'il aurait été question. Selon le deuxième version des faits, retenue par les enquêteurs, « El JJ » aurait branché Cabanas sur son récent manque d'efficacité. Manifestement éméché, le joueur aurait pris la mouche, et approché son front du calibre sorti par l'agresseur. « Tire si t'as des couilles » aurait alors lancé la Paraguayen. Avant de s'effondrer. Désormais réveillé, Cabanas ne doit sans doute son salut qu'à sa santé de taureau. Il vit toujours néanmoins avec une balle dans le crâne. Le stigmate d'une folle nuit au Mexique.



Thomas Goubin, à Guadalajara

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Apres Haiti, c'est l'America qui se retrouve sans cabañas...
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