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Adjovi-Boco : « Il y a une grande défiance de la jeunesse africaine envers la France »

À 54 ans, Jean-Marc Adjovi-Boco est de nouveau « prêt à aller au combat » . Loin des pelouses cette fois. Le rasta vient d’intégrer une nouvelle équipe de onze experts qui forment le premier Conseil présidentiel pour l’Afrique.

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Pendant toute sa carrière, il est allé au charbon. Sur les terrains de football. Dans son couloir gauche. Hargneux, courageux, besogneux. À Amiens, Rouen, Tours, Lens, chez les Hibs en Écosse ou encore pour défendre les couleurs de son pays : le Bénin. À 54 ans, Jean-Marc Adjovi-Boco est de nouveau « prêt à aller au combat » . Loin des pelouses cette fois. Le rasta vient d’intégrer une nouvelle équipe. Non pas de onze joueurs, mais de onze experts qui forment le premier Conseil présidentiel pour l’Afrique. Objectif de taille : amener un autre éclairage au président de la République, Emmanuel Macron, sur les enjeux de la relation entre la France et l’Afrique. « Il n’y a pas de match facile à gagner et celui-là encore moins qu’un autre, a écrit Jimmy au lendemain de sa nomination. Mais je suis prêt à aller au combat, car les enjeux sont trop importants pour refuser de le jouer. » Un ancien footballeur si proche de l’Élysée, c’est une première. Et une mission que le fondateur de l'association Diambars aborde avec « fierté et humilité » . Entretien.


Jimmy, connaissant ton lien très fort avec l’Afrique, cela doit être une immense opportunité pour toi d’intégrer ce nouvel organe ?
Bien sûr. Je n’ai pas réfléchi longtemps avant de donner mon accord. Mais j’ai quand même cherché à connaître les objectifs et le contenu de cette nouvelle institution. Je voulais notamment m’assurer que ce n’était pas une énième structure qui n’aurait pas forcément de champ d’action. Au contraire, j’ai été rassuré sur ce point par les intentions du président de la République et sur le fait que ce Conseil présidentiel pour l’Afrique sera officialisé par décret. Il perdurera donc dans le temps au-delà de l’actuel président.

Comment s’est faite ta nomination ?
Des proches du président étaient chargés de trouver des profils intéressants pour ce Conseil. Ils m’ont contacté par rapport à ce qu’on a pu faire avec Diambars depuis de nombreuses années, mais aussi plus récemment dans le domaine de l'entrepreneuriat en lien avec l’Afrique. Je viens de créer le réseau de magasins d’optique Envie d’y voir dont le premier magasin a été ouvert en mai dernier dans un quartier populaire d’Abidjan en Côte d’Ivoire. L’objectif est de permettre à un maximum de personnes en Afrique d’avoir accès aux lunettes à prix modérés, car c’est un problème de santé publique. Depuis deux ans, j’ai aussi ouvert deux garages participatifs dans l’Oise afin de permettre aux gens de réparer leurs voitures à moindre coût. D’ici la fin d’année, ce concept va être développé au Sénégal avec l’appui de mon ami et associé Idrissa Gueye (ancien joueur du LOSC actuellement à Everton, ndlr). On va y ajouter là-bas un volet de formation professionnelle pour permettre à des Sénégalais qui ont des mains en or de se former aux nouvelles technologies de la mécanique automobile et de bénéficier d’espaces de coworking. Ce sont des réalisations concrètes qui me permettent de posséder une vraie connaissance du terrain en Afrique. C’est là-dessus que veut s’appuyer le président de la République à travers ce Conseil présidentiel pour l’Afrique.

Qu’aura-t-il de différent, ce Conseil présidentiel pour l’Afrique ?
Le président a déjà ses conseillers pour établir sa politique africaine. Mais il veut étoffer sa réflexion en s’entourant de personnes issues de la société civile qui ont un lien fort avec l’Afrique. Il cherche à avoir un regard différent. Il nous a prévenus qu’il ne voulait pas de gens qui lui disent ce qu’il a envie d’entendre. On est là pour lui faire remonter ce que l’on sait, ce que l’on pense, ce que l’on ressent sur le terrain. Je trouve cette démarche pertinente. C’est d’ailleurs celle qu’il met en place depuis le début de sa campagne dans de nombreux domaines, en voulant être au plus près des gens et donc des réalités.

« Lors du lancement de la fondation Africafrance en janvier 2015, il y avait cinq chefs d’État africains et le président Hollande. C’était un jour de demi-finale de la CAN. Lors du repas, à table, alors qu’il y avait plein de sujets importants à traiter, ils n’ont parlé que de foot. »

As-tu rencontré Emmanuel Macron ?
Oui, lors de la conférence des ambassadeurs, le 29 août à l’Élysée, où le Conseil présidentiel pour l’Afrique a été présenté. J’ai échangé quelques mots avec lui. Il est à l’image de ce que j’en avais vu à la télévision. Un homme très naturel, très sympathique et très ouvert. Maintenant, le plus important est ce que l’on fera ensemble.

Quelles vont être vos premières missions et sur quelles thématiques vas-tu intervenir ?
On va participer à l’élaboration du premier discours présidentiel sur l’Afrique qui sera prononcé en novembre prochain. L’équipe va très vite se réunir pour se répartir les rôles et les missions. On fera ensuite une réunion hebdomadaire, car il nous sera difficile de faire plus étant donné qu’on intervient en tant que bénévoles. Bon, vu mon parcours, ma tâche sera plus particulièrement consacrée au rôle du sport en matière d’éducation et de développement social et économique. Plus globalement, c’est la formation professionnelle qui sera le dénominateur commun de mon apport. Elle peut s’appliquer à de nombreux domaines et représente une nécessité absolue et l’un des plus gros enjeux pour le développement du continent africain. Et ne serait-ce qu’à travers Diambars, j’ai une certaine légitimité en la matière.


Diambars est effectivement un modèle de coopération et de réussite entre la France et l’Afrique...
C’est devenu en quinze ans une référence en matière de sport et d’éducation en Afrique, mais cela va en effet bien au-delà. Le premier institut de formation aux métiers du football au Sénégal a été financé par la Région Nord-Pas de Calais, le conseil général des Hauts-de-Seine, les États français et sénégalais, ainsi que des entreprises des deux pays. Aujourd’hui, c’est 120 jeunes, 110 salariés, une infrastructure de quinze hectares avec cinq terrains en synthétique, un en herbe, et un budget d’un million d’euros. Avec nos petites mains et nos petits moyens, on a réussi à récupérer près de six millions d’euros en indemnités de formation et en indemnités de transfert. Cela nous permet de faire vivre la structure. C’est devenu un modèle économique viable et durable. Il y a environ une vingtaine de joueurs issus de Diambars qui évoluent aujourd’hui dans des clubs professionnels en Europe. La boucle est bouclée lorsqu'on voit que, par exemple, la Région Nord-Pas de Calais a participé au projet et que des joueurs comme Gueye ou Souaré viennent ensuite faire les beaux jours du LOSC et rapportent au club entre quinze et vingt millions d’euros en transferts dans des clubs anglais. Diambars a existé pendant sept ans en Afrique du Sud, on a des projets de développement au Maroc et en Côte d’Ivoire. Un partenariat est en cours avec l’OM. Voilà, tout ça, c’est du concret, c’est une réussite. Et pourquoi ça ne pourrait pas s’étendre sur le continent africain où le sport en général et le foot en particulier sont des leviers de développement considérables ?

« Il faut redonner aux Africains l’envie de faire de la France un véritable partenaire. Beaucoup d’entre eux pensent, pas toujours à tort, que la France les regarde avec un air condescendant. »

D’ailleurs, Macron aussi aime beaucoup le football...
Oui, comme tant de chefs d’État africains. Je vais vous raconter une anecdote : lors du lancement de la fondation Africafrance en janvier 2015, il y avait cinq chefs d’État africains et le président Hollande. C’était un jour de demi-finale de la CAN. Lors du repas, à table, alors qu’il y avait plein de sujets importants à traiter, ils n’ont parlé que de foot. Bon, si ça avait été Sarkozy ou Macron, c’était pareil. Ils sont tous dingues de foot, comme 80% de la population en Afrique. Alors, on peut se servir de cela pour trouver des points de convergence.

On parle de changer les relations entre la France et l’Afrique à travers ce Conseil présidentiel. Comment faudrait-il s’y prendre selon toi ?

Il y a une grande défiance, notamment de la jeunesse africaine, envers la France. Il y a eu pas mal de structures créées qui n’ont pas donné les résultats escomptés, ou des promesses non tenues. La première chose est de rétablir la confiance et le respect mutuels. Et cela passe par des actions concrètes qui établissent une relation gagnant-gagnant. Puis, il faut redonner aux Africains l’envie de faire de la France un véritable partenaire. Beaucoup d’entre eux pensent, pas toujours à tort, que la France les regarde avec un air condescendant. À partir de là, on pourra travailler et faire de belles choses dans l’avenir. La France et de nombreux pays africains ont une histoire commune.

D’où provient ta volonté farouche d’aider le continent africain ?
De mes racines. Je suis né au Bénin et arrivé en France, en région parisienne, à l’âge de deux ans. Mon père, Béninois, est venu terminer ses études d’ingénieur en Île-de-France, puis a fait carrière à la SNCF. Ma mère est hispano-béninoise. J’ai donc aussi une partie de mes racines en Europe. C’est une chance, ce métissage. De pouvoir m’appuyer sur ces deux cultures. Mon père a élevé ses deux fils et ses six filles avec les valeurs africaines. Il ne cessait de nous dire : « N’oubliez jamais d’où vous venez. » Selon lui, pour bien grandir dans la vie, il est important d’avoir et de conserver des racines très fortes. Et j’ai grandi ici, je me suis imprégné de la culture française, et je suis fier de mon pays d’adoption. C’est ce que j’essaie de faire comprendre à certains jeunes binationaux. Ils disent ne se sentir ni l’un ni l’autre. Je leur réponds que c’est une chance d’être et l’un et l’autre.

« À travers Diambars, on explique aux jeunes que s’ils percent et qu’ils gagnent bien leur vie, ils auront le devoir de participer au développement de l’Afrique. On les pousse à investir sur le continent. On leur dit de penser à prendre notre relève. »

Estimes-tu que les footballeurs africains en font suffisamment pour leur continent ?
Je ne sais pas vraiment ce que font les autres, donc je ne peux pas avoir une opinion et encore moins juger. Ce que je peux dire, c’est qu’à travers Diambars, on a toujours tenu le même discours auprès des jeunes. On leur explique que s’ils percent et qu’ils gagnent bien leur vie, ils auront le devoir de participer au développement de l’Afrique. On les pousse à investir sur le continent. On leur dit de penser à prendre notre relève. Un mec comme Idrissa Gueye, par exemple, l’a parfaitement compris. Aujourd’hui, c’est un homme et un footballeur accompli. Il investit une partie de son argent dans des projets pour aider l’Afrique. Il fait partie de ceux qui mettent des actes en face des paroles.

Tu as posé avec ta nouvelle équipe du Conseil présidentiel pour l’Afrique sur le perron de l’Élysée, en compagnie du président de la République. Au même endroit que l’équipe de France 98 avec Chirac. En tant qu’ancien footballeur, si tu devais choisir l’un de ces deux grands moments, lequel prendrais-tu ?
Je dirais que les footballeurs de France 98 ont été reçus pour un truc énorme, extraordinaire, qu’ils ont accompli. Et que nous, on n’a encore rien fait. Alors je préférerai revenir prendre cette même photo dans quelques années, parce qu’on aura atteint nos objectifs et qu’on aura changé des choses. Et là, oui, je serai très fier.



Propos recueillis par Yannick Lefrère
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