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AD Nervion, dans l'ombre du Sánchez-Pijuan

Cet après-midi, Séville accueille le Barca dans son antre du Sánchez-Pizjuán, au cœur du barrio Nervion. Quand l'hymne de l'Arrebato résonnera, l'AD Nervion sera encore en train de vivre le football local, avec ses tostadas et sa passion de loco. Bienvenue au club formateur d'Antonio Puerta.

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Le message vocal du poète Muñoz, l'entraîneur barbu des U19, plante le décor : « Yo ! Je m'apprête à commencer l'entraînement et j'ai 4 ballons. Heureusement que Juanma m'a passé une partie des siens. Les gens mangent les ballons ou quoi ? Ils les embarquent chez eux ou quoi ? Coño ! Va falloir trouver une solution à la puta mierda des ballons. Je vais pas continuer à perdre mon temps à préparer des séances si on n'a pas de puto ballons. On est en Somalie ou quoi ?! » La réalité de l'AD Nervion est celle de nombreux clubs de quartier : des infrastructures primaires, des moyens limités, et un sacré stock d'illusions. Mais l'illusion, c'est justement ce qui pousse Melli, directeur sportif du club, à mener sa mission à bien en dépit des deux préfabriqués et un seul terrain pour 450 joueurs. Et c'est ce qui fait évoluer une équipe première en Primera Andaluza, 5e division et plus haut niveau régional.

Optimisation du joueur et Antonio Puerta


De rien, l'AD Nervion crée de la magie. La structure d'abord, aussi professionnelle que possible. Récemment a été mise en place l'Unité d'optimisation du joueur, composée de préparateurs physiques, de physios, de nutritionnistes, de podologues et d'analystes tactiques. L'Unité fait de son mieux pour que « les joueurs puissent atteindre le maximum de leurs possibilités » raconte Antonio, autre barbu. Les joueurs. Ce sont eux qui font de Nervion le troisième club de Séville après les monstres FC et Betis. Longtemps club filial du premier, Nervion était une institution fantôme pour les équipes B des Blanc et Rouge. Émancipés depuis 2007, les Azules développent désormais eux-mêmes leurs pépites. Du moins, pendant un temps. Car, pour ceux qui ne seraient pas encore aspirés par les ogres locaux, les observateurs de l'Atlético, de Villarreal ou d'Almería ne sont jamais loin. Javi Varas, à Las Palmas aujourd'hui, est la figure de proue des talents de formateur du club nervionense. Derrière, nombreux sont ceux à jouer en Segunda et Segunda B.

Le plus tristement célèbre reste Antonio Puerta, décédé à 22 ans après cinq arrêts cardiorespiratoires un soir de match contre Getafe. Avant de passer au FC Séville, Antonio Puerta jouait pour l'équipe du barrio. Suite à son décès et grâce à la grande disponibilité de sa femme, il a été décidé de former un club filial de l'AD Nervion, le Club Deportivo Antonio Puerta. Au passage, petite entourloupe au règlement qui stipule qu'un club ne peut avoir plusieurs équipes dans les plus hautes divisions. Le CDAP sert aujourd'hui de filiale de l'AD Nervion et permet d'inscrire plus de joueurs et d'équipes au sein de la même institution. Reste que 25 équipes de football de compétition, en plus de 10 de l'école de foot, ça fait du monde sur un seul terrain. Peu importe, sur les six dernières années, Nervion est devenu une machine à gagner : « 23 montées et seulement 3 descentes » lâche, pas peu fier, Melli. L'équipe première vient de grimper en Primera Andaluza et vise une seconde montée consécutive. Puis, pourquoi ne pas enchaîner ? Chievo Nervion.



« Une minute de silence pour l'arbitre qui est mort »



Pour être le troisième club de Séville avec un seul terrain, les magiciens doivent mettre la main au chapeau. Au sein de la communauté, pour couvrir les frais, c'est façon financement participatif. L'administration donne un peu, les parents des canteranos sortent le portefeuille, et la billetterie de l'équipe première engrange quelques revenus. Un consensus économique admirable dans une Andalousie affichant un taux de chômage de 30%. Vero, la patronne du bar, du terrain, des vestiaires, du matériel et de tout le reste, court peut-être plus que les joueurs pour s'assurer que le club tourne rond – sa fille en est réduite à faire ses devoirs dans la salle de réunion-dépôt de matériel-salle de jeux. Le côté sportif n'est pas en reste, question investissement personnel. David, entraîneur des U15 et barbe syndicale, fait tout pour professionnaliser le fonctionnement de sa catégorie. Il enregistre entraînements et matchs au moyen d'un tripode fait maison, via un contact chope le numéro de série du logiciel d'analyse tactique de clubs de Liga et l'installe sur son PC, s'arrange avec son staff pour aller filmer les adversaires et préparer ses montages d'avant-match. Pour des gamins de moins de 15 ans, donc.



Évidemment, les passions ont leurs parts d'ombre. Lors du dernier match de l'équipe B, la compétition a pris le pas sur le jeu. Ça commence par des longs ballons dégueulasses, ça suit avec quelques belles boîtes, et ça finit en rixe de bar. 16 jaunes, 3 expulsions. Un carton honorable bien excité par l'audience : il y a évidemment le supporter bourré, bide posé sur la main courante, qui encourage les joueurs à coups de « hijo de puta » et autres « maricón » ; il y a aussi cette dame, la cinquantaine élégante, qui se lève pour proposer à tous « un minuto de silencio para el arbitro que esta muerto » ( « une minute de silence pour l'arbitre qui est mort » , en VF). Folklore. Alors que le coach de Nervion, expulsé, s'installe en tribune pour chauffer les visiteurs, que l'arbitre de touche fuit les patates de forain du 9 local, Marco se demande s'il va vraiment signer ici. Sarde, il commente les faits avec flegme et sagesse : « Certaines personnes n'ont de tête que pour équilibrer le corps. Ils ne se rendent pas compte qu'ils représentent l'ancien joueur du FC Séville mort sur le terrain. » Au club des barbus, on dira que la connerie du week-end est arrivée tel un poil sur la soupe, que c'était exceptionnel. Exceptionnel. Comme les miracles accomplis au quotidien par Melli, Vero, Antonio, David ou Muñoz.


Par Josselin Juncker à Séville, avec Eric Carpentier
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