À quoi bon le duo d’entraîneurs ?

Louis Nicollin a choisi l'originalité, un couple Baills-Martini, pour poursuivre l'œuvre de Courbis. Une bonne idée au rugby, au vu du nombre de joueurs par équipe, mais surtout de la nette distinction entre avants et trois-quarts. En revanche, au foot, c’est une autre histoire. La preuve par l’expérience.

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La frontière entre l’amour et la haine n’a jamais été aussi mince. Depuis qu’il est revenu à la Paillade, Rolland ne cesse de passer d’un sentiment à l’autre dans l’esprit de Loulou. L’amour fou, c’est à la fin des années 2000. Quand le premier sauve le deuxième de la relégation et le ramène dans l’élite. D’ailleurs, quand Loulou se sent en danger fin 2013, il n’hésite pas à le rappeler. À lui déclarer sa flamme : « Vous savez bien que ce sont les supporters qui commandent. Comme ils veulent Courbis, si on peut le prendre, on le prendra. Au moins, ils ne nous casseront plus les couilles.  » Avant de se raviser il y a quelques mois, en voyant Montpellier flirter avec les bas-fonds de la Ligue 1. La haine : « C’est lui qui nous a mis dans la merde, donc c’est à lui de nous en sortir, sinon il ne s’appelle plus Courbis.  » Aujourd’hui, le feu n’est plus que cendre, et Rolland a préféré prendre la porte après avoir remis Montpellier sur de bons rails. Laissant la place à une rareté dans le monde du foot : un tandem.

Les histoires d’A…


C’est d’ailleurs généralement dans ce cas de figure que l’on retrouve cette singularité. Le duo naît presque toujours de l’urgence. Ou alors de l'amateurisme. Big up à Yannick Chandioux, Lionel Large et au FC Montceau-les-Mines version 2006-2007. Sinon, c’est presque toujours le manque de temps et de moyens qui pousse les dirigeants à utiliser leur 50/50. Jean-Louis Gasset – Xavier Gravelaine à Istres en 2005, Courbis et beaucoup d’autres au FC Sion depuis 2003, ou encore Rudi Garcia et Jean-Guy Wallemme à Saint-Étienne en 2001 : « Y a eu Robert Nouzaret en début de saison, mais ils l’ont limogé, raconte le Ch’ti des deux. Et puis, ils ont fait venir John Toshack qui a fait les sept derniers matchs avant la trêve. Quand on reprend en janvier, on arrive dans le parking à Geoffroy-Guichard, on voit des voitures espagnoles, de la Real Sociedad et on fait finalement l'entraînement sans lui. Après ça, on nous annonce qu’il part. Comme ça. Sans nous dire au revoir.  »

Jean-Guy, plus très loin de la retraite, se voit alors offrir un poste d’entraîneur-joueur. Et propose à Rudi, dans le staff et en pleine préparation de ses diplômes d’entraîneur, de l’accompagner. Il va le voir et lui dit : « Il y a une décision qui a été prise par les joueurs et la direction. Je sais que toi, tu peux être déçu qu’ils ne te proposent pas le poste, mais voilà, moi, j’ai besoin de quelqu’un. J’ai confiance en toi. On fait l’aventure ensemble ? » Malgré un bon départ en Coupe de la Ligue et face au PSG de Luis Fernandez en championnat, Sainté se dirige petit à petit vers la Ligue 2. À cause notamment de l’affaire des faux passeports : « Qui sait ce que l’on aurait pu faire ? Mais ce qui est sûr, c’est que cette malheureuse histoire nous a fait mal. Ça nous a coûté très cher. » Pas le meilleur des exemples en somme, mais l’histoire l’a déjà prouvé : les histoires de couple au bord du terrain finissent mal. En général.

Répartition des tâches ménagères


Car pour qu’il y ait émulation, il faut que les deux entraîneurs se complètent. Un peu comme au rugby, finalement. Sauf qu’un entraîneur pour les défenseurs et un autre pour les attaquants, ça ne marche pas. Clarence Seedorf l’a tenté en arrivant au Milan... Pour le résultat qu’on connaît. La parcellisation des tâches est impossible, ou du moins pas encore adaptée à la pratique du foot. Du coup, le duo d'entraîneurs doit se répartir le travail différemment : « Quand vous avez un entraîneur et son adjoint, il y a une hiérarchie, explique Jean-Guy. Dans un binôme, il y a deux statuts égaux, et forcément des points de désaccord. Il faut une confiance absolue, l’un envers l’autre et intégrer le fait qu'on ne fera pas tout, tout seul. Il y a toujours, à un moment donné, des concessions à faire, car il y a toujours une personnalité plus forte que l’autre qui s’impose. » En gros, l'un peut prendre en main la causerie, tandis que l'autre se concentra plus sur l'entraînement.


Des concessions. Beaucoup de concessions, mais pas que. Il y a aussi des avantages à travailler à deux : « Il y a plus de réflexion, plus de dialogue et donc plus de moyens de s’en sortir. » Dominique D’Onofrio et Sergio Conceição à Liège en 2011 en sont le plus bel exemple. Mal parti sous la houlette de László Bölöni en début de saison, le Standard verra finalement la Ligue des champions en fin de saison grâce au duo de secours. D’ailleurs, avant de se prendre des vacances en Italie, Rolland Courbis n’a pas craché sur le duo dans les colonnes du Midi Libre : « Pascal Baills a les qualités et les connaissances pour réussir. Avec ce que l’on a passé ensemble, il sait désormais ce qu’il faut faire et ne pas faire. Il apportera évidemment sa touche personnelle grâce à l’expérience acquise auprès des entraîneurs avec lesquels il a travaillé. Il est l’homme de la situation. Il sera en plus entouré de gens compétents, tel Bruno. » L'adoubement par l'ex. Une première victoire pour le couple Baills-Martini.


Par Ugo Bocchi
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