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À Pise, on a toujours cru en Gattuso

Ils étaient peu nombreux à croire dans les qualités d’entraîneur de Gennaro Gattuso. Et il fallait être fou pour penser qu’il allait faire mieux que Vincenzo Montella en prenant sa succession à l’AC Milan. S’il n’a encore rien gagné, Gattuso surprend tout le monde par ses bons résultats. Tout le monde ? Non, pas les supporters de Pise, équipe qu’il entraînait l’an dernier et pourtant reléguée en Serie C. Les seuls, anciens joueurs et supporters, à se fier aveuglément en lui.

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Avant de chuter au match aller face à Arsenal, l'AC Milan avait enchaîné une série de 13 matchs sans défaite toutes compétitions confondues, une série inédite depuis 2009. Avec, dans celle-ci, des victoires face à la Lazio (2-1) et la Roma (0-2), plus une qualification en finale de Coupe d'Italie, à nouveau aux dépens des Laziali. Peu importe la manière, et peu importe l'issue de ce huitième de finale retour face à Arsenal, les résultats sont déjà là pour Gennaro Gattuso. Pourtant, ce n'était pas gagné. Lorsqu’il remplace Vicenzo Montella le 27 novembre dernier, Rino’ est loin de faire l’unanimité. Déjà, parce que Montella a davantage prouvé sur un banc. Et quelques autres emblèmes du Milan s’y sont cassé les dents avant lui : Clarence Seedorf (2014), Filippo Inzaghi (2015) ou encore Cristian Brocchi (2016). Les observateurs n’avaient donc aucune raison d’être optimistes.


Surtout au regard de ses expériences passées : ses débuts peu reluisants d’entraîneur-joueur à Sion en 2013 avec un président, Christian Constantin, prompt à limoger ses entraîneurs, la même année à Palerme avec le maître en la matière Maurizio Zamparini ou encore son aventure à l’OFI Crète en 2014. Idem avec son aventure à Pise, émaillée par une relégation en Serie C et une sérieuse menace de faillite. Tout portait à croire que Gattuso s’était embarqué dans une nouvelle galère : un club instable qui peine à retrouver sa gloire d’antan, un recrutement estival décevant à plus de 200 millions d’euros et un propriétaire chinois qui traîne une affaire d’escroquerie dans son pays. Son premier match en tant que coach du Milan semblent le confirmer. Milan concède en effet le nul 2-2 sur la pelouse de Benevento – premier point du club en Serie A – en encaissant un but du gardien Brignoli à la 95e minute.

Une vraie cote de popularité à Pise


Il y a toutefois un endroit où l'on n'a jamais douté des capacités de Gattuso à relever l'AC Milan. À Pise. Ce club populaire réunit plus de 6000 spectateurs par match en Serie C avec des pics à 8000 dans un stade à la capacité réduite par mesure de sécurité. Rino’ y a laissé une trace indélébile en l’espace de seulement deux saisons. Il inscrit avec Pise sa seule ligne à son palmarès d’entraîneur : une montée en Serie B au terme de la saison 2016, une première depuis sept ans pour le club. Hélas, à l’intersaison, la belle histoire tourne au calvaire. Le propriétaire voit son entreprise faire faillite, ce qui menace également l’AC Pise. Gattuso annonce sa démission le 31 juillet, dénonçant une gestion au jour le jour et les nombreuses incertitudes. « Ou Gattuso revient, ou l’on ne joue pas » , préviennent les ultras de la Curva Nord. La cote de l’entraîneur d’origine calabraise ne sort que renforcée de cet épisode. Gattuso revient sur sa décision et la saison démarre malgré les importantes difficultés économiques. Un geste plus important qu’il n’y paraît alors que les candidats ne se bousculent pas pour lui succéder.


Son retour crée une véritable effervescence et redonne espoir aux supporters craignant la faillite. L’engouement autour de Pise et de son entraîneur, dont la vente est même négociée par le président de la Serie B Andrea Abodi, attire de nouveaux investisseurs. «  Quand on se déplaçait, il y avait du monde à la sortie de l’hôtel, mais ce n’était pas forcément pour les joueurs ! C’était plus pour lui ! » raconte Loïck Landre, prêté par le Genoa à Pise l’an dernier. En effet, quelques mois après, le club sera acheté par de nouveaux propriétaires éloignant une probable banqueroute. Ce soutien est inconditionnel, comme le prouve cette banderole des ultras en fin de saison et malgré la rétrogradation sportive : « Dans un football déloyal, hypocrite et corrompu, Gattuso est l'un des seuls hommes vrais. » « Il ne triche pas, confirme le défenseur français formé au PSG. Ce n’est pas souvent qu’on voit des gens droits dans ce milieu-là. Il a un peu la même attitude que quand il était joueur. C’est ce qui fait sa force. Si tu n’es pas à fond avec lui, ça ne passe pas ! Aux entraînements, au toro avant même l’entraînement... C’est un battant, un gagneur. Finalement, tu es obligé de l’apprécier ! Il est aussi vraiment respecté pour sa carrière. »

« Personne n’est réellement surpris de ses résultats avec Milan »


Mais Gennaro Gattuso n’est pas seulement apprécié à Pise pour ses seules qualités de meneur d’hommes. Loïck Landre l’affirme : « Je pense qu’il a eu de la malchance. J’ai connu beaucoup d’entraîneurs et ses méthodes étaient bonnes. On travaillait beaucoup, c’était costaud, tout était bien ficelé. Il ne faisait rien au hasard. Il y a des matchs où ça jouait bien, c’est sûr qu’il faut de la réussite aussi. Il en avait peut-être moins à Pise pour gagner certains matchs, moins au début au Milan. Maintenant que ça a un peu tourné, les gens s’aperçoivent que c’est un bon entraîneur. » Pour lui, Gattuso n’a rien à se reprocher dans la relégation de Pise en 2017. « Au niveau des installations, je pense qu’il a connu largement mieux (il n’y avait parfois ni eau ni électricité dans le vestiaire, ndlr)... Et il était toujours là, derrière les joueurs, à aider le groupe, à motiver. Surtout que le club a perdu des points (4 points sans que ça n’influe sur le classement final, ndlr) à cause des problèmes extrasportifs. Je pense qu’il a fait du bon boulot. »


« Personne n’est réellement surpris parce qu’il travaillait très bien avec son adjoint (Luigi Riccio, réputé en Italie, qu’il amène partout avec lui, ndlr), poursuit-il en évoquant ses résultats avec Milan. L’entraîneur adjoint était patient, il me faisait regarder beaucoup de vidéos. Il attrape tous ceux qui jouaient en défense ! Moi par exemple, il m’a montré des images d’entraînements de l’équipe de Naples, leur façon de se déplacer.... Les deux étaient très bons. À Pise, il est arrivé à transcender des joueurs même avec un niveau moyen, c’était compliqué de jouer contre notre équipe. Donc cela ne m’étonne pas que lorsqu'il a un groupe meilleur comme l’AC Milan qu’il arrive à les métamorphoser. Ça a pris un peu de temps au début pour comprendre la façon de travailler du coach. Maintenant ils l’ont assimilée et aujourd’hui c’est une nouvelle équipe par rapport à celle du début de saison. En grande partie grâce à l’entraîneur, parce que ce sont les mêmes joueurs. »

Recettes tactiques


Gattuso applique à Milan les mêmes recettes qu’à Pise : son 4-3-3 qui peut évoluer en cours de match, le caractère qu’il transmet à son équipe, et la solidité défensive. « Ce n’était pas le meilleur effectif de Serie B et pourtant on a terminé meilleure défense du championnat (36 buts en 40 matchs, ndlr), alors que le club a fini dernier du classement, fait remarquer Loïck Landre. Sa priorité, c’est d’abord être en place tactiquement. »

Milan a ainsi enchaîné 6 matchs sans encaisser le moindre but – 599 minutes, un record depuis 2007 – toutes compétitions confondues, la série ayant été brisée par Mkhitaryan au match aller face à Arsenal. Pas question pour autant de l’accuser de pratiquer le catenaccio. « Je ne peux pas dire que c’est du catenaccio, mais il veut avant tout bien défendre quand même. Après, la meilleure façon d’attaquer, c’est d’avoir des bases solides pour bien se projeter » , soutient son ancien défenseur. En tout cas, les prochaines grosses échéances détermineront la réelle valeur des Rossoneri et celle de son entraîneur. À commencer par ce match retour à l'Emirates.

Par Adrien Verrecchia Propos de Loïck Landre recueillis par Adrien Verrecchia
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