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À Kiev, la fête se termine

Ce lundi, à Kiev, l’Euro ne sera plus qu’un souvenir de vacances. Alors avant que la parenthèse ne se referme, la capitale ukrainienne se fait quelques derniers petits plaisirs. Où l’on croise Elton John, Wladimir Klitschko, Queen, quelques hipsters, un peu d’alcool et beaucoup d’amour.

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Une chaîne de montagnes. Ce type, qui vient de faire passer le barrage de police à six ou sept de ses amis sans qu’ils aient besoin de montrer un quelconque billet d’entrée, semble avoir un Anapurna dans le bras gauche et un K2 dans le droit. Chemise blanche aux manches retroussées rentrée dans le jean, il descend la rue en signant des autographes avant de prendre place sous l’immense tente VIP installée au milieu de la place de l’indépendance. «  C’est Wladimir Klitschko, le boxeur, champion du monde » , s’écrie un groupe de trois jeunes filles émoustillées, le papier décoré de la précieuse signature encore à la main. Lorsqu’il ne met pas des branlées à Mormeck, il arrive donc que Wladi fasse acte de présence dans des évènements qui regroupent l’ensemble de la société ukrainienne. De l’élite, installée sur les canapés de ce coin lounge, au petit peuple, entassé debout dans la fan zone qui s’étend tout le long de la rue Khreshchatyk, les Champs-Élysées locaux. Tout Kiev s’est déplacé ce soir pour assister, à la veille de la finale de l’Euro, au concert contre le Sida featuring Elton John et Queen.

Même si ces derniers, avec un tout gamin Adam Lambert pour remplacer Freddie Mercury, ne ressemblent plus à rien, on sent que le public est davantage présent pour voir des stars gratos que pour le message politique, dans un pays qui est pourtant le plus touché d’Europe par LA maladie. «  J’ai entendu dire que les gays se faisaient encore tabasser dans les rues ici, lance Sir Elton John au micro. Je connais bien l’Ukraine, je sais que les Ukrainiens sont très sympathiques et accueillants, alors ne laissez plus faire ça !  » Les acclamations sont timides. Croisé dans un café-galerie qui sert de point de rencontre à tout ce que la ville compte de hipsters, de gauchistes et de communauté artistique, Ilya nous expliquait la veille que l’homophobie était encore la norme naturellement admise dans le pays. « On essaie d’organiser des rencontres, avec le mouvement LGBT, mais il faut bien dire qu’on n’a pas beaucoup de succès » , expliquait-il pendant que ses potes se moquaient : « Tu perds ton temps avec eux. Nous, on n’a rien contre les gays normaux, mais les gays politiques, ce sont eux qui provoquent l’homophobie. Il n’y en aurait pas sans eux. »

Elton John et le jeune garçon espagnol

L’immense foule réunie pour ce concert de clôture de l’Euro n’est, elle, pas vraiment venue pour débattre de ce genre de questions. On sent qu’elle a saisi l’occasion pour se fondre dans un grand rassemblement populaire, juste avant que les caméras ne se détournent de son pays et que les touristes du football ne s’en retournent dans leurs pénates. À la fin de son show, Elton John voit un jeune homme muni d’une écharpe de l’Espagne monter sur scène pour se prendre en photo avec lui et joue le jeu de bon cœur. Voilà l’ambiance telle qu’elle est actuellement à Kiev. Même si la fan zone a toujours été bien remplie (contrairement à celle de Donetsk, par exemple, trop loin du centre), il y a ici la volonté de mettre un dernier coup d’accélérateur avant que tout ça soit démonté, qu’on enlève toutes les affiches ornées de ballons de foot et que la vie retrouve son cours normal.

À 24 heures de la finale, on aurait presque ressenti le même type d’attitude chez les deux équipes qui s’affrontent pour le titre. Alors que Buffon et Prandelli s’étaient déjà présentés en conférence de presse deux heures plus tôt, l’entraînement italien a été intégralement ouvert à la presse (d’habitude, celle-ci est priée de quitter les lieux au bout de 15 minutes) et tous les joueurs sont passés et se sont arrêtés en zone mixte pour répondre aux questions. Les journalistes ont même été jusqu’à applaudir le sélectionneur. Dans la ville comme dans le stade, on ne ressent donc pas de grande tension, à quelques heures du dénouement de ces trois semaines et demie hyper-intenses. Le calme avant la tempête, sans doute. Ou alors la prise de conscience que la fête touche à sa fin. Ce moment où, au lieu de se faire une dernière virée alcoolique en boite, on décide de clore ses vacances par un pique-nique romantique sur la plage avec son amour estival. Elton John pourrait certainement en faire une belle chanson. Ce soir, on va enfin savoir qui monte sur le toit de l’Europe. Quoi qu’il se passe, la fan zone et les pubs qui entourent le stade devraient se taper une dernière soirée arrosée à la bière et à la Becherovka. Et puis demain, la gueule de bois, les avions vers l’Ouest vont se remplir, les rues vont se vider. Ne resteront que quelques souvenirs émus, quelques belles rencontres à faire fructifier à distance et peut-être aussi quelques MST.

Thomas Pitrel, à Kiev
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