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50 nuances de Gray

Gamin de Wolverhampton, poignardé au visage à vingt ans, Andre Gray est aujourd'hui un homme lavé de son passé et truste la tête du classement des buteurs de Championship. Récit d'un exil réussi, loin des West Midlands.

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Une gueule cassée. Sa cicatrice trace une diagonale entre le haut de la lèvre gauche et l'oreille du même côté. La trace est indélébile, marque d'un passé vers lequel il affirme « ne plus vouloir se retourner » . Andre Gray veut avancer. Vers son rêve de Premier League, dans le sillage de ses potes de galère, la néo-classe anglaise de Lambert, Vardy, Austin & Deeney. Comme eux, l'attaquant a galéré. Longtemps. Comme eux, il a payé le prix de son lourd passif. Une jeunesse dans la banlieue de Wolverhampton, à « marcher dans la rue, sans repères, juste le besoin de passer le temps » . Le temps des conneries, de la bande et des Becks vidées près des murs sales. Pour lui, le foot est un exutoire, pas un travail.

Chef de famille à 19 ans


C'est pour ça qu'il avait quitté la ville, très tôt, à l'âge de 13 ans, viré des Wolves. Direction cinquante kilomètres à l'ouest, pour Shrewsbury, située juste à côté de la frontière galloise. La ville est réputée difficile, avec une prison considérée en 2005 comme la plus peuplée du Royaume-Uni et le commerce de laine comme base de l'économie. En 2004, le Shrewsbury Town FC joue alors en League Two (D4). Andre Gray y intègre les équipes de jeunes et y signera son premier contrat professionnel à l'été 2009. Il disputera cinq rencontres avec les pros, enchaînera les blessures et se retrouvera rapidement en réserve, sur le banc. Il se raconte à l'époque dans un entretien fleuve au Non League Football Paper : « J'étais à une période de ma vie où je pensais que tout m'était dû. Je n'en avais un peu rien à faire de jouer en réserve ou de ne pas jouer. (…) Mon grand-père, celui qui m'avait amené vers le football, venait de mourir. Je n'avais plus grand monde à qui parler, à qui me confier. Et je me suis rappelé ce qu'il aurait aimé que je fasse, pour moi, pour ma famille, et je me suis battu. »

Marche arrière. Direction Hinckley United, en Conference. Andre Gray veut se battre, estime que sa seule faiblesse sera sa tête. Sa mère, Joanna, vient de lui faire un petit frère. Un gamin, Cody, qui ne connaîtra son père que trois ans et demi. La responsabilité est double : à 19 ans, Gray est alors responsable de faire vivre sa famille. Il retrouve le terrain, enchaîne les buts, et revient souvent dans le quartier, à Wolverhampton, voir ses proches, ses potes. Jusqu'à ce Noël 2011. La cicatrice qui barre aujourd'hui son visage trouvera son explication. Le buteur retrouve son « gang » , ses potes d'enfance, et sort en boîte. « Tout a été très vite. J'étais au mauvais endroit, au mauvais moment. Ce soir-là, je ne le méritais pas, mais je me suis mis par le passé dans certaines situations. (…) Je me suis réveillé le lendemain matin et j'ai compris » , expliquait Gray au Telegraph il y a quelques mois. Boomerang sur un passé qu'il refuse d'oublier, mais dont il souhaite tourner la page. Andre Gray a été poignardé.

Un transfert à douze millions


Après l'affaire, les dirigeants de Hinckley United décident d'envoyer leur star montante loin des West Midlands. Ils affirment aujourd'hui, sous couvert d'anonymat, n'avoir pas voulu « assumer les conneries d'un gamin » . Ce sera donc Luton d'abord en prêt puis, jusqu'à l'été 2014, en transfert définitif. Il terminera sa deuxième saison meilleur buteur, sera élu meilleur jeune du club et ramènera avec lui Luton Town dans la Football League. Il rejoindra alors un autre promu, en Championship celui-ci. Cinquante kilomètres plus loin, à Londres, au Brentford Football Club. Une première saison chez « les grands » à 16 pions. Sa gueule commence à faire parler, son histoire intéresse et le parallèle avec la trajectoire de l'attaquant de Watford, Troy Deeney, un autre tatoué, un autre homme à la droite facile, se fait naturellement. Une comparaison qui se confirme aujourd'hui dans les chiffres. Car Andre Gray a rejoint Burnley alors que Hull City ou encore Bristol lui tournaient autour. Les Clarets craqueront un record pour le buteur à 12 millions d'euros. Une folie qui a propulsé Gray en tête du classement des buteurs de Championship en quelques semaines avec, dans un coin de la tête, les rêves de remontée d'un club en Premier League. Résonne également les relents d'un passé aujourd'hui derrière lui, et cette devise, fidèle au conseil de la ville de Wolverhampton : « Au milieu des ténèbres, la lumière vient. »

Par Maxime Brigand Tous propos d'Andre Gray tirés du Daily Telegraph.
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