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25 choses à savoir sur le derby de Turin

Depuis la fondation du Torino en 1906 par des membres dissidents de la Juventus, le derby de Turin s’est disputé 189 fois - avant ce mercredi soir - en match officiel. Avec un avantage pour la Juve qui mène 79 victoires à 56 (pour 54 matchs nuls). Mais là n’est pas le plus important. Car entre anecdotes folles et matchs de légende, l’histoire du derby de Turin dépasse largement toute statistique.

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  • 1. Commençons par le commencement. Le derby entre la Juventus et le Torino est communément appelé le « derby della Mole » . Non pas en raison d’un manque d’afflux sanguin, mais en référence à la Mole Antonelliana : le symbole architectural de la ville de Turin, qui est aujourd’hui le siège du musée national du cinéma italien.

  • 2. Le premier derby de l’histoire entre la Juve et le Torino s’est disputé le 13 janvier 1907 au Vélodrome Umberto I de Turin et a été remporté 2 à 1 par les Granata. Mais il faut remonter jusqu’au 8 mai 1898 pour trouver trace du tout premier derby turinois entre l’Internazionale Torino et le Football Club Torinese.

  • 3. C’est d’ailleurs à la suite de la fusion en 1900 entre le FC Torinese et l'Internazionale Torino que le Torino a vu le jour dans une brasserie turinoise, le 6 décembre 1906. Une fondation sous l'impulsion d'anciens membres de la Juventus - quant à elle fondée en 1897 par un groupe de lycéens -, parmi lesquels son président de 1904 à 1906, le Suisse Alfredo Dick. Lors du tout premier match entre la Juve et le Torino cité plus haut, le dissident helvète aurait même été enfermé à clef dans les vestiaires par certains dirigeants juventini un brin rancuniers. Alfredo Dick aurait ainsi suivi la victoire des Granata grâce aux acclamations du public présent dans la tribune du Vélodrome Umberto I qu’il avait lui-même fait construire. Un visionnaire.

  • 4. Si les couleurs bianconere de la Juve ne renvoient pas à proprement parler à un événement historique, c’est tout le contraire pour le Torino. En effet, selon la principale théorie connue, le Toro évolue en granata car c’était la couleur de la cravate des soldats de la Brigade de Savoie qui libéra Turin le 7 septembre 1706. Soit pile 200 ans avant la fondation du club.


  • 5. Cette théorie est surtout la plus crédible, car elle véhicule parfaitement la volonté du Toro, depuis sa création, de faire l’éloge de la « torinesità » . Soit le club qui symbolise et défend les valeurs de Turin. En opposition, la Juve est le « club de l’Italie » , notamment du fait des migrations en provenance du Sud d’ouvriers venus travailler dans les usines Fiat de la famille Agnelli, propriétaire du club depuis 1923. Des migrations qui ont été accentuées lors du fameux miracle économique italien entre les années 1950 et 1970. C’est pourquoi la Juve est l’équipe qui a le plus de tifosi en Italie, mais pas à Turin où c’est le Torino. Ce qui mérite sans doute d’être nuancé aujourd’hui, d’une part car ce sont d’autres générations de supporters, et d’autre part car la Juve a acquis une tout autre notoriété que le Toro.

  • 6. Les supporters de la Juve et du Toro ont également longtemps été classés selon une grille de lecture socio-économique. D’un côté, la bourgeoisie bianconera ; de l’autre, le prolétariat granata. Le célèbre écrivain et réalisateur italien Mario Soldati en faisait magnifiquement part en 1964 dans son livre Le Due Città : « Les deux hommes traversèrent Piazza Vittorio et parlaient déjà de football. Emilio, naturellement, était pour la Juve, l'équipe des gentlemen, des pionniers de l'industrie, des Jésuites, des bien-pensants, de ceux qui avaient fait des études : bref, des bourgeois riches. Giraudo, tout aussi naturellement, était pour le Toro, l'équipe des ouvriers, des immigrés des régions voisines, ou des provinces de Cuneo et d'Alessandria, de ceux qui avaient fait le lycée technique : bref, des petits bourgeois et des pauvres » écrivait-il, il y a un peu plus de 50 ans. Cependant, là aussi, ce n’est sans doute plus très vrai aujourd’hui, notamment en raison des vagues d’immigration ouvrière.


  • 7. Si la Juve peut aujourd’hui légitimement vanter des années-lumière d’avance sur le Torino - et pas que -, cela n’a pas toujours été le cas. En 1914, sous la direction de Vittorio Pozzo (double champion du monde avec l’Italie en 34 et 38 !), le Toro a ainsi été la première équipe italienne de l’histoire à effectuer une tournée à l’étranger, précisément en Amérique du Sud. Pozzo a d’ailleurs rempli quasiment tous les rôles avec les Granata : joueur, entraîneur, directeur sportif, membre du conseil, et même secrétaire. C’est ce qu’on appelle un homme polyvalent.

  • 8. Entre 1912 et 1914, le Torino a passé la bagatelle de 23 buts en 3 matchs à la Juve (8-0, 8-6 et 7-2). La victoire 8-0 des Granata est d’ailleurs la plus lourde défaite de l’histoire de la Vieille Dame. Quant au 8-6 du 9 février 1913, il représente sans surprise le derby de Turin le plus prolifique. Cette saison-là, la Juve aurait aussi pu finir en Serie B, sans l’intervention de ses dirigeants.


  • 9. La plus grosse victoire de la Juve face au Torino sur le score de 6 à 0 date, elle, du 20 avril 1952. Difficile toutefois de s’emballer, car cette rouste a été infligée à une équipe décimée par le drame de Superga survenu moins de trois ans plus tôt, le 4 mai 1949.


  • 10. Drame toujours : le 22 février 1967 le derby della Mole s’est disputé seulement une semaine après la mort de l’idole granata Gigi Meroni. En son honneur, des fleurs furent lancées depuis un hélicoptère, puis disposées sur l’aile droite du Torino où il évoluait habituellement. Son ami le Français Nestor Combin disputa lui la rencontre malgré une forte fièvre et inscrivit un triplé qui permit au Toro de s’imposer 4 à 0. Anecdote assez incroyable, Gigi Meroni avait été écrasé par un homme du nom d'Attilio Romero, futur président du Torino en 2000.


  • 11. Pas beaucoup plus jovial mais avec des conséquences bien moins tristes, une fusillade a éclaté lors d’un derby disputé en amical tout juste avant la fin de la guerre en avril 1945. C’est un accrochage sur le terrain entre Mazzola et Borel qui aurait mis le feu aux poudres au sens figuré, avant que des partisans du régime fasciste présents au stade ne le fassent au sens propre. Heureusement, il n’y eut ni mort ni blessé, et la Juve a pu tranquillement s’imposer 3-1.

  • 12. On reste sur les artificiers avec le mythique bianconero Giampiero Boniperti qui est le meilleur buteur de l’histoire du derby de Turin avec 14 réalisations. Il devance Guglielmo Gabetto (12 buts) qui a la particularité d’avoir marqué aussi bien avec la Juve (7 buts) que le Toro (5), et la légende granata Paolo Pulici auteur de 9 buts lors du derby, et surtout meilleur buteur de l’histoire du Torino avec 172 buts.

  • 13. Le Suisse Hans Kämpfer a, lui, réussi l’exploit d’inscrire 4 buts en un seul derby, le 3 février 1907 lors du deuxième match de l’histoire entre le Torino et la Juve. Ce qui fait de lui le meilleur buteur du derby sur un seul match. Les Bianconeri Poggi et Vialli se sont eux arrêtés à 3 buts, respectivement le 9 février 1913 et le 3 décembre 1995. En une seule mi-temps pour l’un comme pour l’autre.

  • 14. La Juventus et le Torino ont en commun le fait d’avoir gagné un titre révoqué ensuite. On se souvient bien du Scudetto 2005 gagné par la Juve mais révoqué et non attribué en raison du Calciopoli. En revanche, le Scudetto 1927 remporté par le Torino - officieusement le premier de son histoire - est bien moins souvent cité. Pourtant l’histoire est folle. En voiture Doc. Le 5 juin 1927, le Torino gagne le derby 2 à 1 et s’en va chercher le Scudetto un bon mois plus tard. Problème, un scandale éclate : Luigi Allemandi, arrière latéral bianconero, aurait été soudoyé par un dirigeant granata lors du derby. Pourtant les journaux de l’époque sont unanimes : ce même Allemandi a été le meilleur joueur de la Juventus ce jour-là ! La Fédération en fait fi et révoque quand même le championnat. Allemandi est lui suspendu à vie, avant d’être amnistié un an plus tard. Le Torino soulèvera son premier Scudetto en même temps. Pour de bon cette fois.

  • 15. Lors de la saison 1976/1977, le Torino bat le record de points de l’époque avec 50 points engrangés en 30 matchs - les victoires ne sont alors créditées que de 2 points. Avec 21 victoires, 8 nuls et 1 défaite au compteur, le Toro fait un beau champion ? Eh bien non, car la Juve fait mieux avec 51 points (23 victoires, 5 nuls, 2 défaites) ! Avec le barème d’aujourd’hui et la même moyenne sur 38 matchs, le Torino afficherait 90 points et la Juve 94. Monstrueux.

  • 16. Le derby de Turin a également été le premier derby à se jouer en finale de Coupe d’Italie. Précisément en mai 1938 avec des victoires de la Juve aussi bien à l’aller (3-1), qu’au retour (2-1). Une rareté, puisque depuis, seulement deux derbys se sont joués en finale de Coupe d’Italie. Entre le Milan et l’Inter en 1977 (victoire du Milan 2-0) et entre la Lazio et la Roma en 2013 (victoire de la Lazio 1-0).

  • 17. La Juventus a aussi remporté un derby spécial aux tirs au but, le 23 mai 1988 (0-0, 4 T.A.B à 2). À savoir un match de barrage pour la 6e place qualificative pour la Coupe de l’UEFA de la saison suivante. Une compétition où les Bianconeri n’iront toutefois que jusqu’en quarts de finale. Pas de quoi en faire tout un foin.

  • 18. Alors que le Torino peut, lui, se vanter d’avoir fait perdre un Scudetto à la Juve. En effet, le 27 mars 1983, les Bianconeri pointent en tête avant le derby della Mole. D’ailleurs, c’est eux qui prennent le meilleur départ, puisque Paolo Rossi ouvre le score dès la 15e minute. Mieux, Platini double la mise à la 65e. Seulement, le Toro se rebiffe et enfourche la Vieille Dame en moins de cinq minutes par Dossena, Bonesso et Torrisi. Dans le même temps, la Roma s’impose à Pise, prend la tête du championnat et ne la lâchera plus. Merci qui ?

  • 19. Retournement de situation encore : le 14 octobre 2001, la Juve rentre aux vestiaires avec 3 buts d’avance. Seulement, le Torino est vaillant et réussit l’impossible. Lucarelli et Ferrante réduisent d’abord le score avant que Maspero n’égalise à la 82e minute. La Juve a toutefois l’occasion de s’imposer sur penalty. Mais le même Maspero, tel Marwin Hitz récemment, profite de la confusion pour creuser un petit trou au point de penalty. Salas rate ainsi sa tentative et la rencontre se termine sur cet incroyable 3-3. « Ma’spero que tu rates. »

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  • 20. Néanmoins, le Torino n’a pas le monopole des coups de vice. Le 24 février 2002, Enzo Maresca offre ainsi le point du nul en toute fin de match à la Juve (2-2). Pour fêter son but, le jeune Bianconero mime alors des cornes de taureau, comme le Granata Marco Ferrante avait l’habitude de le faire pour fêter ses buts. Réponse du gardien du Torino Luca Bucci : « Un zèbre ne deviendra jamais un taureau » . Et le règne animal dans tout ça ?

  • 21. Cette saison, la Juve a gagné le premier derby dans les dernières secondes grâce à Cuadrado. Un exploit que Pirlo a également réussi la saison dernière. Mieux, c’est même une habitude des Bianconeri, puisque David Trezeguet s’était lui fait la peau du Toro à la 94e minute le 30 septembre 2007, sur un but très contestable. L’histoire du Torino est décidément faite de souffrances.

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  • 22. Le Torino a également connu une période de plus de 20 ans sans victoire dans le derby entre le 9 avril 1995 et le 26 avril 2015. Soit 17 matchs pour 4 matchs nuls et 13 défaites. Ironie de l’histoire, c’est Fabio Quagliarella, transfuge de la… Juventus qui a libéré le Toro.

  • 23. Malgré la rivalité, ils sont d’ailleurs nombreux à avoir porté les couleurs des deux clubs. Parmi la longue liste, on retrouve quelques noms historiques comme Silvio Piola, Gabetto, Borel, Meroni, Simoni, Dino Baggio, Pasquale Bruno ou encore Pessotto. Mais aussi des plus récents comme Balzaretti, Nocerino, Ogbonna, Immobile, Moretti, Kwado Asamoah, Molinaro ou Amauri. Pas le top du top, mais du beau monde tout de même.

  • 24. Un Français a également joué au Torino et à la Juve, il s’agit de Nestor Combin. Il fait partie des 29 joueurs français à avoir évolué avec le Toro ou la Vieille Dame. En plus de lui, ils ont été 9 à porter la liquette granata (Bongiorni, Grava, Bonifaci, Angloma, Cyprien, Cauet, Malonga, Diawara, Genevier) et 19 celle bianconera (Anelka, Blanchard, Boumsong, Coman, Deschamps, Évra, Henry, Kapo, Lemina, Meille, Pericard, Platini, Pogba, Thuram, Traoré, Trezeguet, Vieira, Zebina, Zidane). Encore un gardien bleu pour la Juve et l’équipe type des Francesi passés par la Vieille Dame aurait sacrément belle gueule.

  • 25. Aussi fou que ça puisse paraître, la Juventus et le Torino ont également joué plusieurs fois ensemble. Littéralement. Avec un mélange de joueurs bianconeri et granata opposé à une autre équipe. Ça a par exemple été le cas en 1955 lors d’un amical face à Botafogo ou lors de l’inauguration du stadio delle Alpi en 1990 face à Porto. Une belle manière de conclure avec fraternité.

    Bonus pour les italophones : Le reportage Le Città del Calcio : Torino diffusé en 2013 sur ESPN Classic.

    Par Eric Marinelli
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    Dans cet article

    Bon 95-2005 ça fait 10 ans
    J'ai effectivement 2 potes français qui supportent l'Italie car il ont 2 de leurs arrières grands parents qui sont nés en Italie. Ils se sentent Français pour tout mais pour le foot, ils sont Italiens. Comprends pas bien le truc... et ça me fait rire. Bien vu.
    cul-terreux Niveau : DHR
    Superbe article ! C'est joli Turin sinon ?
    A partir de quel degré généalogique est-il légitime de supporter les équipes du pays de ses ancêtres?

    Tes potes ont des arrières grands-parents italiens (tu exagères, l'immigration italienne n'est pas toujours si vieille), moi c'est mon père. Et je porte un prénom et un nom italien. Et je le cause couramment. Me donnes-tu ta bénédiction?
    Message posté par cul-terreux
    Superbe article ! C'est joli Turin sinon ?


    Franchement bof. J'y suis allé deux fois pour aller voir des matchs de la Juve, et franchement ça laisse à désirer. Le centre ville et la partie vieille ville sont sympa, avec quelques monuments, ruines et galeries. Mais sinon c'est assez industriel et délabré. Avant d'arriver au centre, tu longes plusieurs km de bâtiments gris à moitié terminé, des vieux commerces pourris, etc.
    Et Landry Bonnfefoi , il compte pas comme gardien français de la Juve?
    "C'est joli Paris sinon?"
    "Franchement bof. J'y suis allé deux fois pour aller voir des matchs du PSG, et franchement ça laisse à désirer. Le centre ville et la partie vieille ville sont sympa, avec quelques monuments, ruines et galeries. Mais sinon c'est assez industriel et délabré. Avant d'arriver sur St Denis, tu longes plusieurs km de bâtiments gris genre HLM, des vieux commerces pourris, etc."

    Turin est une ville magnifique, le centre-ville est splendide et ca vaut vraiment le détour. J'y ai vécu deux ans.
    Milan_forza18 Niveau : CFA
    Super article
    Message posté par camouf57
    Et Landry Bonnfefoi , il compte pas comme gardien français de la Juve?


    Salut camouf57,

    Il n'a pas joué une seule rencontre officielle. Mais bon ça nous permettrait au moins de faire un 11 de folie :)

    Bonnefoi / Zebina - Thuram - Boumsong - Evra / Deschamps (ou Vieira) - Pogba - Platini - Zidane / Trezeguet - Henry (qui a pas été bon à Turin mais prenons le pour le reste de sa carrière)

    Une folie !

    Bonne soirée
    aaaatends @EM2, pogba sur mais pas viera ????
    Message posté par Monfreid

    Turin est une ville magnifique, le centre-ville est splendide et ca vaut vraiment le détour. J'y ai vécu deux ans.


    Tu t'enflammes un peu quand même. OK c'est pas Charleroi et la famille de Savoie a embelli le centre mais comparé aux canons de beauté de l'Italie, tu peux pas dire "magnifique". Sinon tu utilises quels adjectifs pour Rome, Florence, Venise, Sienne...?
    C'est une ville sympa mais pas une destination incontournable en Italie, un peu comme Trieste ou Milan (quoi que le Duomo à lui seul vaut la visite).
    Par contre mer et montagne à proximité, région agréable et épicurienne (truffes, Barolo,...), ça d'accord.

    Désolé pour cet intermède Lonely Planet.

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