« 200 clubs pour 10 stades »

Moussa Bezaz est le sélectionneur de la Palestine. A priori, ce n'est pas le poste le plus facile du monde, mais le Franco-algérien s'adapte et essaie de développer le football local, malgré les difficultés.

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Comment êtes-vous devenu sélectionneur de la Palestine en 2009 ?


J'ai été mis en contact avec la fédération palestinienne par l'intermédiaire de Jérôme Champagne, un ancien journaliste de France-Foot qui travaille aujourd'hui à la Fifa. Bien sûr, je me suis d'abord informé sur les conditions là-bas avant d'accepter.

Et alors ?


Alors tout est à faire, tout est à construire. Sur le plan matériel, on part de zéro. Pour vous dire, en Cisjordanie on compte 200 clubs de foot pour 10 stades. Le football est extrêmement populaire, mais les conditions politiques et matérielles étant ce qu'elles sont, les jeunes ne peuvent pas progresser et doivent se contenter de suivre le football étranger – la Liga surtout – avec la parabole. Et dans la bande de Gaza, c'est pire encore. Moi-même qui suis sélectionneur, je n'y vais pas, parce qu'il faut demander des autorisations aux Israéliens.

Dans ces conditions, qu'en est-il du championnat ?


Déjà, il y a deux championnats, un à Gaza, un en Cisjordanie. En théorie, il commence à se professionnaliser, mais ça reste très précaire, avec des petits contrats. La fédération et son président misent pourtant à fond sur ce championnat pour faire bouger les choses, mais encore une fois, c'est très compliqué.

Pour les meilleurs joueurs palestiniens, existe-t-il alors une passerelle pour poursuivre son apprentissage chez le voisin israélien ?


Non, je ne connais pas un exemple de ce type. Seuls quelques Palestiniens nés en Israël jouent là-bas au football. Eux ont un championnat de haut niveau, très pro, avec des infrastructures...

Les joueurs qui composent votre sélection sont-ils tous des locaux ?


L'essentiel, oui, mais nous en avons également qui jouent à l'étranger, partout dans le monde : en Jordanie, au Qatar, en Egypte, en Suède, aux Etats-Unis, au Chili...

Le réservoir de joueurs à votre disposition est important ?


Je dirais que oui. En deux ans je n'en ai pas encore fait le tour, principalement du fait des difficultés que j'ai d'organiser des rencontres amicales pour tester de nouveaux joueurs. On ne cesse pourtant de demander des adversaires à la Fifa, mais il n'est pas rare de devoir essuyer des refus au dernier moment.

Les raisons ?


Elles sont bidons, la plupart du temps. Avec la Palestine, tout est toujours compliqué, c'est un parcours du combattant. De mon côté, par exemple, ça fait plusieurs fois que je me démène à convoquer un joueur qui évolue au Chili. Et puis chaque fois, finalement, le match est annulé...

Qu'en est-il des autorisations de sortie des joueurs locaux ?


La situation s'est récemment améliorée, car il y a eu des pressions du comité olympique et de la Fifa sur Israël, mais les joueurs de Gaza sont encore soumis à des permis pour sortir du territoire et y rentrer. Du coup, lors d'une de nos dernières sorties, en Mauritanie, j'ai été contraint de composer sans huit sélectionnés, qui se sont faits refuser leur autorisation de sortie. Du fait des pressions, heureusement, notre dernier tournoi s'est déroulé sans encombre avec les joueurs que j'avais souhaité faire venir.

"Ça faisait 5 ans qu'on n'avait pas gagné"

Un tournoi en Birmanie ?


Oui, que nous avons gagné, avec deux victoires (contre le Bangladesh et la Birmanie, ndlr) et un nul (face aux Philippines). Ça faisait 5 ans que la sélection n'avait pas remporté de victoire, ça fait du bien. On est qualifié pour la Challenge Cup, qui se déroulera en 2012 (une compétition des nations asiatiques mineures, dont la dernière édition a été remporté par la Corée du Nord, NDR).

Il y a également eu une première rencontre officielle qui s'est tenue en Cisjordanie en mars dernier ?


Oui mais elle concernait la sélection olympique, donc je n'étais pas concerné. Mais là encore c'était important. La rencontre s'est déroulée à Ramallah et tout s'est bien passé, malgré l'élimination (défaite aux tab contre la Thaïlande, ndlr).

Quels sont les objectifs de la sélection pour les années à venir ?


L'objectif majeur reste la Coupe du monde au Brésil en 2014, mais il faut être réaliste, pour nous qualifier, on aurait à disputer quelque chose comme 20 matchs... Non, l'essentiel, c'est d'essayer de poursuivre le développement du football en Palestine. Que les jeunes puissent jouer dans des bonnes conditions, qu'ils puissent s'aguerrir régulièrement au contact d'autres nations, que la population puisse assister à des matchs internationaux chez elle. Il faut miser sur la prochaine génération. Pour celle dont je m'occupe, ça risque d'être compliqué.

Quelle est votre situation personnelle ?


Je suis en contrat jusque juin. Je dois d'ailleurs voir mon président très prochainement pour voir ce qu'on peut faire. Je ne peux pas vous en dire plus pour le moment.

Petit hors-sujet pour finir : en tant qu'ancien Nancéen, un mot sur l'annonce de l'arrêt de Pablo Correa en fin de saison, lui qui vous avait succédé sur le banc en 2002 ?


Non, je ne souhaite pas commenter l'actualité d'une personne qui a comploté dans mon dos pour m'éjecter. Je l'ai appris après coup, il n'avait pas été correct.

Propos recueillis par Régis Delanoë

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Bravo Monsieur !
Ce serait magnifique que la Palestine se qualifie pour 2014 mais comme il dit et comme toutes les perspectives d'avenir dans ce pays c'est voué à l'échec mais bravo pour l'aide qu'il apporte si seulement des Zidane ou autres anciens footballeur soutenaient le développement du football en palestine ce serait une sacré bouffée d'air pour la population ou du moins au moins une perspective d'avenir, d'espoir pour ce peuple
Pourquoi les autres pays arabes, toujours prompts à soutenir le pays par des discours n'enverraient pas leurs équipes jouer en Palestine ? Un match Maroc-Palestine ou Égypte-Palestine, je suis sûr que ça mettrait en valeur le pays.
@val201 Le Maroc est un pays pro-israelien tout comme l'Egypte de Moubarak et le gouvernement actuel (même après révolution), a mon avis il doit y avoir même plus de pays d'amérique du sud (Vénezuela, Bolivie, Urugay, Brésil...) qui soutiennent la Palestine que de pays arabes...
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