1988, l’année noire du Celta Vigo

Au cœur de l’un de leurs plus beaux exercices sportifs, les Galiciens de Vigo sourient. Un hédonisme qui tranche par rapport à l’annus horribilis de 1988. Pour sûr, en l’espace de deux mois, les supporters du Celta perdent coup sur coup leur chouchou, puis leur président.

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Grand rassemblement post-vacances estivales, le Trofeo Memorial Quinocho est au Celta de Vigo ce que les trophées Joan Gamper ou Santiago Bernabéu sont au FC Barcelone et au Real Madrid. Une réunion de la mi-août qui permet aux aficionados galiciens de débattre des nouvelles recrues, ou au staff des Celtiñas de mettre en pratique les progrès attendus par la trêve. Depuis désormais vingt ans, les adversaires espagnols, portugais ou italiens, se succèdent ainsi au Balaídos pour rendre un hommage appuyé au défunt Joaquín Fernandez Santomé, dit Quinocho. A contrario de l’illustre fondateur blaugrana ou du principal artisan de la grandeur merengue, l’ancien principal mandataire galicien a, lui, connu une fin plus singulière. Autrement dit, plus violente. Assassiné dans les locaux de l’antre du Celta de Vigo en 1988, il n’est pourtant pas la seule victime de cette année noire pour le club aux presque 93 bougies. Car, deux petits mois avant sa disparition, l’espoir local José Manuel Alvelo devient tétraplégique suite à un carambolage. Retour sur cet annus horribilis à la sauce galicienne.

De Botafogo à Tolède en fauteuil roulant


À l’aube de l’exercice 1988/89, tout le peuple des Celtiñas respire. Les années noires, de la descente, puis des magouilles internes et des menaces de mort sur le président, semblent loin derrière. Des faits à conjuguer au passé qui rendent aux supporters un semblant d'optimisme. Après avoir effleuré les places européennes, l’objectif est cette fois la qualification pour l’ancienne C3. Une mission qu’espère accomplir la jeune garde du Celta, emmené par son « vétéran » José Manuel Alvelo, âgé de 26 ans. Milieu de terrain formé dans la cantera locale, il gravit les échelons du club un à un. De la Liga Adelante à la montée, de la redescente à une nouvelle ascension, il se veut l’un des chouchous de l’aficion. Un public qui, en ce 20 août 1988, prend un malin plaisir à voir ses poulains se défaire de Botafogo lors du tournoi amical organisé par la municipalité. Ovationné et idolâtré, Alvelo décide de prolonger la fiesta dans différents restaurants et bars de la ville aux côtés de ses amis proches et de sa compagne. Ce jusqu’à un terrible accident de voiture qui intervient au beau milieu de la nuit.


Aux alentours de huit heures du matin, la Peugeot dont il occupe le siège passager se fracasse contre la rambarde de sécurité. Brutal, le choc le propulse contre le pare-brise. D’abord optimiste - « Après avoir été éjecté par l’avant et s’être ouvert le crâne, il s’est coupé le cou » , dixit Jenaro Borras, toubib du club -, le diagnostic révèle une fracture des vertèbres. Dans une Espagne post-franquisme où les hôpitaux ne sont pas légion, il doit être évacué par avion militaire, puis par hélicoptère privé en direction de la clinique pour paraplégiques de Tolède. Là-bas, il décrète vouloir « redonner de bons coups de pied dans le ballon » avant d’être douché par le jugement médical : « Oublie le football. Deux années de travail très intense t’attendent. » Ces deux années se transforment en une vie entière, puisque jamais plus le jeune Alvelo ne retrouvera l’usage de ses jambes. Coincé dans son fauteuil roulant, il reçoit une aide économique sans précédent de la part du club. De même, le président Quinocho lui octroie la première médaille d’or du Celta Vigo. Un geste qui reste comme l’un des derniers de sa présidence.

Coup de couteau, magot et mégots


Durement touché par l’accident de son chouchou, l’aficion du Balaídos ne dispose que de deux petits mois pour se reconstruire un moral. Des efforts qui s’écroulent le 20 octobre au soir. En prévision d’une rencontre face à la Real Sociedad, le président Quinocho reste, avec trois employés, dans les entraves du stade. Alors en pleine discussion téléphonique avec son homologue du Deportivo La Corogne, il tombe nez à nez avec deux voleurs, cagoulés et armés de pistolets et de couteaux, en quête d’un magot hypothétique de 1,5 million de pesetas. Malgré un envoi de cendrier en pleine tête sur l’un de ses agresseurs, ce dernier lui assène un coup de couteau en pleine poitrine. L’entaille, de cinq centimètres, touche son cœur et le laisse, inerte, sur le sol. Il décède quelques instants plus tard dans l’ambulance qui le transfère à l’hôpital. Plus qu’un drame accidentel, ce crime marque au fer rouge l’identité du Celta. Le señor Quinocho, d’abord joueur puis dirigeant et enfin président des Celtiñas, reste pour les supporters du Balaídos comme l’un des plus grands hommes du club. Un homme qui, plus que donner son nom à un trophée, a laissé sa vie pour les intérêts célestes.



Par Robin Delorme
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