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1984 : le traumatisme Arconada

Une erreur qui coûte cher. Une erreur qui finira par traumatiser l'Espagne. En 1984, Luis Arconada porte sur ses épaules tout le poids de la défaite face à la France. Avant la finale de l'Euro, il était pourtant le sauveur de la Roja.

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Ils revenaient de tellement loin, qu'ils étaient persuadés aller au bout. Ce 27 juin 1984, tandis que la France n'attend d'autre issue que le sacre de la génération Platini, l'Espagne s'avance persuadée que cet Euro est le sien. Qu'elle peut prendre Paris, y défaire les Bleus. Une conviction qui doit à la nature de son parcours, plutôt qu'à l'excellence de son collectif. En 1984, en France, la Roja acquiert ses palmes de maître du suspens. Déjà lors de la phase de qualification, en décembre 1983, son premier roman intitulé « la remontée maltaise » avait fait sensation au sud des Pyrénées. Le synopsis : pour griller la priorité aux Pays-Bas et se qualifier pour l'Euro, l'Espagne doit l'emporter par onze buts d'écart face à Malte. Au coup de sifflet final, le tableau affichera 12-1. Lors de l'Euro, les rencontres de l'Espagne, généralement ennuyantes, valent avant tout pour leurs cinq dernières minutes. Le moment où Santillana, Carrasco et consorts emportent la décision.

Dans le groupe B, l'Espagne cohabite avec la Roumanie, le Portugal et la RFA. Pour une équipe incapable de profiter de l'avantage du terrain lors de la dernière Coupe du monde, l'affaire s'annonce corsée. Après deux matches nuls, la Roja se trouve en sursis au moment de rencontrer l'Allemagne de l'Ouest, une équipe qui se trouve alors, sans le savoir encore, entre deux finales de Coupe du monde. L'Espagne se trouve un héros, nommé Luis Arconada. L'homme qui deviendra synonyme de ridicule, de bourde ultime, qui allait commettre une faute qualifiée par El Pais « d'erreur la plus infantile jamais commise par un gardien dans toute l'histoire de l'Euro » , était, avant cette fatidique 57e minute du 27 juin, le principal responsable du parcours héroïque de la Roja. Face à la RFA, la réussite est du côté du grand gardien, dont les montants repoussent par trois fois les tentatives germaniques. Surtout, il sort une immense parade devant Rummenigge, juste avant qu'Antonio Maceda n'inscrive le seul but de la rencontre à la 90e minute. L'Espagne l'emporte à l'allemande. Schumacher se ferait bien un Battiston pour se passer les nerfs.

Un trauma pour l'Espagne

En demi-finale, Arconada joue encore les sauveurs. Face aux magnifiques Danois, menés par un irrésistible Michael Laudrup, le portier de la Real Sociedad s'incline dès la septième minute devant Lerby, sa première et dernière concession de la rencontre. Arconada signe notamment une sidérante double parade dans la dernière minute de la prolongation pour offrir aux siens la séance de tirs au but. Face à un portier espagnol qui commence à ressembler à un épouvantail, les Danois laissent échapper l'occasion de prendre leur revanche sur la France, victorieuse au premier tour (1-0). Le but français avait été inscrit par Platini, le premier de ses neuf réalisations, un chiffre record qui fait encore aujourd'hui planer l'actuel président de l'UEFA quelques milliers de mètres au-dessus de la concurrence.

Platini vs Arconada. Le meilleur joueur du tournoi face au meilleur gardien. On le sait, le duel tournera à l'avantage du premier. Donner un coup franc à l'orée des seize mètres au numéro 10 de la Juventus revenait alors peu ou prou à le voir se présenter seul devant le point de pénalty. Dans un match où l'Espagne avait commencé à rendre nerveuse une France jusqu'alors flamboyante, ce sont finalement les mains trop moites d'Arconada qui libéreraient le Parc des Princes, plutôt que le pied de Platini. Vingt ans après son premier succès dans l'épreuve, l'Espagne se voyait pourtant bien lever la coupe. Malgré la défaite, cet Euro rassure au sud des Pyrénées. Il est alors considéré comme le point de départ vers de nouvelles conquêtes, pour une Roja à nouveau compétitive au plus haut niveau. Mais à mesure que les désillusions allaient s'enchaîner, cet Euro 84 et cette « Arconada » se sont transformés en symbole d'une Espagne incapable de gagner. Un véritable trauma, que la génération des Xavi et Iniesta finira par apaiser en multipliant les triomphes.

Par Thomas Goubin
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Et pourtant, Arconada le meilleur gardien qu'ait eu l'Espagne jusqu'à... Jusqu'à qui en fait? Personne... Il cristalise le problème des gardiens de but: une erreur et tout le monde oublie ce que tu as fait avant.
Special dédicace à Lionel Letizi en EdF...
Je me demandais si Arconada a connu le même destin que Moacyr Barbosa, gardien du Brésil lors de la finale perdue de 1950. L'article ne me donnera pas la réponse.
Casillas n'est pas un manche hein...
arconada oui était l'un des meilleur gardien à l'époque et tout le monde retient son erreur, dur loi.

Après comme dit @toof11 Casillas est loin d'être manchot non plus et est un excellent gardien depuis plus d'une décennie.
Tout à fait d'accord sur le fait qu'Arconanda était le meilleur gardien du monde à cette époque.
@AkaKwamé:Zubizarreta ça ne te dit rien???
Un très grand gardien dont on retient malheureusement une des seules bourdes de sa carrière (arrivée au plus mauvais moment il est vrai). Cet Euro reste un merveilleux souvenir avec un Platoche stratosphérique qui a marqué à chaque match (1 but contre le Danemark, 3 contre la Yougoslavie (pied gauche, pied droit et tête plongeante), 3 contre la Belgique (pied gauche, pied droit et tête), 1 contre le Portugal et enfin ce coup franc contre l'Espagne). Je n'ai pas souvenir d'un autre joueur aussi dominateur sur un grand tournoi international.
Steven Gerrard Niveau : District
Un euro 84 Platiniesque !
Gardien de but, un rôle ingrat, comme le prouve le destin d'Arconada.
@SG9: non, il a encore eu quelques belles années pour lui après. Barbosa, jusqu'à sa mort, a dit qu'il "payait pour un crime qu'il n'avait jamais commis" et qu'une dame dans un magasin (dans les années 80) l'avait montré à son fils en disant "tu vois cet homme? Il a fait pleurer le pays". Arconada lui n'a définitivement perdu sa place en sélection qu'en se blessant en 85 (plus la concurrence de Zubizarreta), sa seule blessure sérieuse. Et il y avait encore des 'campagnes' en sa faveur pour qu'il reprenne la place en 87 notamment quand il a été déterminant dans la coupe d'Espagne remportée par la Real Sociedad.
'No pasa nada, tenemos a Arconada'. Mais tout ce qu'on va en retenir c'est ce coup-franc...
PS: en Espagne j'aime la Real Sociedad, chuis peut-être subjectif ;)
so foot, vous qui aimez tant nous imposer des vidéos publicitaires, vous auriez pu nous mettre un lien vidéo vers la boulette en question...

youtube.com/watch?v=yVyk3Sy9Keg
Il aura fallu plus de 15 ans pour qu'on réhabilité Arconada. J'ai le souvenir de ballons boxés au mondial 82, d'un gros Euro et d'un match énorme contre l'Allemagne (j'avais oublié la sortie kamikaze face au Danemark, la mémoire est sélective...). La boulette m'avait gâché la victoire de la bande à Platini. Toujours dur d'expliquer encore aujourd'hui à certains, qui n'ont retenu que la finale, que c'était un grand gardien, capable de faire gagner le Real Sociedad a lui seul ou presque(il me semble que c'est San Iker qui voulait un maillot vert en selection pour rappeler Luis). On trouve sur Youtube une interview d'Arconada, avec des extraits de la compétition et des interventions de Casillas. Si vous n'avez pas une boule dans la gorge à la fin, je ne peux rien pour vous
Ah, l'un ou l'autre détail de mémoire, Luis Arconada (pour trivial que ça paraisse) avait réussi à imposer de porter des chaussettes blanches (porte-bonheur) à la place des noires que ses prédécesseurs et les joueurs de champ devaient porter par obligation fédérale. Je crois que la couleur avait une saveur politique et que le gardien qui n'a jamais joué ailleurs qu'à la Real (et expédié Urruti en Catalogne) avait insisté pour les garder...
En fait son seul tournoi un peu en-dedans, ce fut l'Euro 80 (mais ce n'était pas de sa faute à lui).
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