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1958 : futebol & bossa nova au top !

En début d'été 1958, la Seleção révolutionne le foot planétaire en gagnant la Coupe du monde en Suède tandis qu'à Rio, João Gilberto révolutionne la musique populaire avec Bim Bom, premier hit de la bossa nova naissante…

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Onde sensuelle

Chronologiquement, le sacre des Auriverde à Stockholm le 28 juin 1958 face à la Suède a devancé de 12 jours la diffusion au Brésil sur Radio Nacional des deux premiers hits de la bossa nova, Bim bom et Chega de saudade, interprétés par João Gilberto. Pour faire bonne mesure, le gouvernement démocratique du bon président Kubitschek avait lancé dès le mois d'avril 58 les premiers travaux de la future capitale de l'État fédéral, Brasília… Carton plein pour ce pays de la lose, ce pays maudit « dont le futur ne se réalise jamais » (comme on le dénigrait alors). Car c'est bien ce pays-là qui allait porter le souffle novo de la modernité tropicale. Flash back musical… En 1956, ce bon à rien de João Gilberto était rentré au pays, à Bahia, la queue basse. Ce raté avait dû quitter Rio suite à ses galères de chanteur-guitariste incapable de percer. À 26 ans, João vit chez ses parents et passe ses journées et ses nuits à gratter sa guitare. On s'inquiète même pour sa santé mentale. Mais João n'en a cure et s‘en va jouer les après-midis au bord de la rivière São Francisco. C'est là qu'il calque à la guitare le rythme du pas chaloupé des lavandières qui passent avec leur ballot de linge sur la tête : bim-bom, bim-bom, bim-bom… Bingo ! Bim Bom sera le titre de sa nouvelle chanson !

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Mais il devra attendre l'été 58 pour aller enregistrer aux studios Odéon de Rio ce morceau météorique d'une minute et dix secondes. Comme João est un perfectionniste insupportable, les sessions sont tendues et il se prend souvent le chou avec Carlos Jobim lors de l'enregistrement de l'autre morceau génial, Chega de saudade (coécrit par Carlos Jobim et Vinicius de Moraes). La bossa nova est née : le style est nouveau, la rythmique novatrice et le parler-chanter (le canto falado) inédit. D'essence noire et métissée, la bossa emprunte au samba (le mot est masculin au Brésil), au jazz et à d'autres trésors d'inspirations mystérieux. La bossa de João a le souffle léger des alizés qui rompt avec la grosse variétoche tapageuse des chanteurs à voix gominés et des grands orchestres qui tabassent. La voix de João est sensualité et sa main sur les six cordes est une caresse… Au pays, la bossa nova va cartonner en radio puis révolutionner la musique populaire mondiale de l'époque. Au point que l'Amérique y dépêchera ses grands jazzmen venus faire allégeance à cette merveille mélodique, rythmique et harmonique. João Gilberto enfin starisé sera du voyage aux USA quelques années plus tard en compagnie d'autres hérauts de la bossa, invités à se produire devant le gratin de la musique jazz américaine…

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Seleção on the beat…

Le premier titre mondial de la Seleção en juin 58 déclinait les mêmes vertus novatrices et révolutionnaires que la bossa nova. Cette victoire footballistique, c'était aussi la revanche sur la lose, comme pour João Gilberto et ses amis musiciens underground. Talentueux depuis toujours, le foot brésilien avait jusque-là échoué aux Coupes du monde 1938, 1950 et 1954. La faute à pas de chance et surtout à une arrogance incroyable. Comme en 1950 où un math nul suffisait aux Brasileiros pour être champions du monde au Maracaña (1-2 finalement face à l'Uruguay), ou comme en 1954 où les Auriverde vexés avaient castagné les géniaux Hongrois, qui les avaient sortis en quarts (2-4)… En 58, les Brésiliens avaient adopté une posture beaucoup plus humble : « Les nôtres partent perdants » avait annoncé le chef de la délégation brésilienne en conf' de presse la veille de la finale face à la Suède ! Le lendemain, ils firent voler en éclats les pauvres Scandinaves sur le même score que contre la France en demies (5-2). Le foot brésilien parvenait enfin au sommet, tout comme la riche musique populaire brésilienne avec la bossa 12 jours plus tard. Mais pas sur le mode tapageur de la grosse variétoche et ou sur les vantardises agressives de 1950 et 1954 ! Plutôt sur le mode sensuel, celui du déhanchement cool, du dribble, de la ginga (les mouvements du corps)… Le Bim Bom chaloupé de João Gilberto collait à merveille au style de jeu de cette Seleção. Bim Bom, comme le balancement d'une jambe sur l'autre de Garrincha. Bim Bom comme les inter-exter de Pelé. Bim Bom comme les une-deux entre Didi-Vava, Vava-Pelé, Pelé-Vava, Didi-Mané, Bim-Bom…

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1'10 : le Bim Bom de João avait la fulgurance d'une attaque en 70 secondes partie des pieds du gardien Gilmar jusqu'au but de Vava ! Et toujours ce calme, cette grâce, cette humilité, que les Brasileiros ont conservé tout au long du tournoi : pas d'éclats, pas de violence, pas d'antijeu. En 58, la team brésilienne déploie une rythmique au tempo medium, avec des arrangements légers (seul Garrincha dribble en solo), comme pour l'orchestration light de Bim Bom et Chega de saudade. En foot, on met collectivement le buteur en valeur (Pelé ou Vava) et en studio, tous concourent à porter la voix de João Gilberto vers les cieux… Question modernité, la complexité harmonique et rythmique de la bossa égale l'organisation tactique novatrice de la Seleção. En Suède, le sélectionneur Feola a imaginé un 4-2-4 révolutionnaire, modulable en 4-3-3 quand Zagallo (ailier gauche) décroche au milieu : les Brésiliens de 58 étaient des génies, mais des génies bien organisés ! Enfin, en 1958, bossa et futebol se rejoignent encore dans le métissage.

C'est au Mondial 58 que la Seleção va pleinement exploiter sa richesse multi ethnique en accordant enfin une place de choix aux joueurs noirs. Ce ne fut pourtant pas facile… Au premier tour, après un 3-0 face à l'Autriche et un 0-0 angoissant contre l'Angleterre, le dernier match face à l'URSS devenait crucial. Les anciens, dont Didi, insistèrent alors auprès de Feola pour qu'il titularise le petit Pelé, la perle de Santos, et Garrincha, le sorcier du dribble de Botafogo. Feola céda, revit ses plans et le Brésil battit l'URSS 2-0 (doublé de Vava). Avec Pelé, le petit Noir, et Garrincha le Caboclo (Métis noir, indien et blanc), la Seleção désormais plus colorée foncera jusqu'au titre final. 1958 fut la consécration du nouveau Brésil (Brasil novo). L'Âge d'or de la démocratie, des succès planétaires du futebol et de la bossa, du cinéma novo, de l'architecture novatrice (Oscar Niemeyer, Brasilia). Nostalgie, nostalgie…

par Chérif Ghemmour
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La raie bosse man Niveau : Loisir
Nowadays c'est Corruption, Favela Funk, TV Novelas et Culte du Corps institutionnalisés. Ces signes d'une décadence n'ont pas empêché les brésiliens d'accrocher deux nouvelles étoiles depuis l'âge d'or.

En effet la Saudade ne s'exprime plus dans les résultats. Le tribut à payer est en terme de jeu. En 82 il fait perdre, son abandon en 2002 fait gagner. Nouvelle époque faite de statistiques et joueurs bodybuildés à l'audace militaire. Un RealFutebol Mourinhesque.
Note : 1
Je kiffe cet article : la Bossa Nova m'accompagne depuis de très longues années.

La "lose" (un mélange de malchance et de nonchalance) dont parle Zemmour fera sa réapparition en 1982 où la plus belle équipe du Brésil (bien meilleur à celle de 1958 à mon avis) cédera sous les coups de boutoir du renard toscan Paolo Rossi.
Excellent article...merci,ça fait rêver !
Pour la petite histoire il se dit au Brésil que, outre João Gilberto, Henri Salvador a largement contribué à la naissance de la bossa dans les années 50.
Salvador qui par ailleurs, dans les années 70, a mis la main à la poche en aidant financièrement son club de coeur, le PSG, lorsque celui-ci connaissait de mauvaises passes... Epoque lointaine.

Sinon, ce mondial au Brésil et ses clichés qui y gravitent me donnent chaque jour envie de mater OSS 117
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