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​Pierre Rondeau : ​ « Il faut expérimenter »

Pourquoi les tirs au but devraient être tirés avant la prolongation. C’est le titre de l’ouvrage ​publié par l'économiste du sport Pierre Rondeau. Une idée folle ? Elle est en tout cas soutenue par Sir Alex Ferguson. Ce qui mériterait, au moins, d’ouvrir le débat. Entretien.

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Mercredi, le directeur technique de la FIFA, Marco van Basten, a fait crier la planète foot en lançant l’idée de supprimer le hors-jeu, la prolongation et même les tirs au but au profit d’une séance de un contre ​un comme à l’époque de la première ligue nord-américaine. Et si, en réalité, le Batave était ​toujours traumatisé par son échec lors de la séance de tirs au but en demi-finales de l’Euro 92, qui a valu l’élimination des Pays-Bas face au Danemark ? Si c’est le cas, qu’il se ​penche sur une alternative défendue par Pierre Rondeau : Pourquoi les tirs au but devraient être tirés avant la prolongation. Mais précisons-le d’emblée, l’ouvrage de l’économiste du sport ne se résume pas à son titre accrocheur. Celui-ci n’est qu’une question en tête de chapitre parmi d’autres telles que Pourquoi tirer un penalty est-il mieux que jouer à pile ou face ? Pourquoi la séance de tirs au but est-elle un jeu déséquilibré ? Pourquoi on aime tant les tirs au but ?... Quand Ben Lyttleton s’est attaché à enquêter en long en large et en travers sur le sujet dans Onze mètres, la solitude du tireur de penalty, Pierre Rondeau prend la démarche du scientifique​ qui fait de la recherche sur les tirs au but. Parce que comme l’écrivait le poète espagnol Julio Llamazares cité dans le bouquin : « Il est impossible d’imaginer un moment de tension plus grand que le penalty. Deux hommes face à face. C’est un duel comme au XIXe siècle. »

​Tu es économiste du sport. Comment en es-tu venu à étudier les tirs au but ?
Pendant l’Euro, je me suis intéressé à tout ce qui tourne autour du football. J’ai une passion pour la freakonomics, qu’on peut traduire par « l’économie des fous » . C’est l’idée de tout pouvoir étudier sous le prisme de l’étude économique : les comportements humains, les interactions sociales, les choix du quotidien... Par exemple, l’économie de l’amour, l’économie de la drague...​ ​Pendant l’Euro, j’ai lu un article universitaire qui était précisément « tirer les tirs au but avant la prolongation » . Ça m’a interloqué, je l’ai étudié. À côté, Léo, l’éditeur du Bord de l’eau m’a contacté et je lui ai proposé quelques chapitres en partant des tirs au but.​ ​J’ai voulu mettre de côté ma passion et ma subjectivité pour prendre des faits précis.

Comme tu le rappelles dans le premier chapitre, pendant près d’un siècle, en cas de match nul, le football se jouait à pile ou face. Comment est-ce possible ?
​Il faut rappeler que mis à part quelques grands évènements sportifs, les matchs n’étaient pas diffusés à la télé. Il y avait, certes, les supporters qui venaient aux matchs. Mais la plupart des gens trouvaient le résultat du match le lendemain dans la presse. Il n’y avait pas ce regard du direct de l’atrocité que pouvait être le pile ou face. Il a fallu attendre les années 60 avec ces tournois en Espagne et ce débat permanent de qui sont les premiers à avoir inventé les tirs au but entre les Israéliens, les Allemands et les Espagnols. De plus en plus de gens ont commencé à remettre en cause ce postulat : « Il faut vraiment que le sport l’emporte sur le hasard. » Raymond Domenech raconte qu’il a vécu des défaites à pile ou face en Coupe de France (mais en cas de match nul en finale, la finale était à rejouer, comme par exemple en 1965, ndlr). Les joueurs de foot en souffraient. C’était atroce, mais malgré tout, le pile ou face, c’était 50/50, alors que comme je l’exprime par la suite, les tirs au but, c’est presque 60/40 (en faveur de l’équipe qui tire en premier, ndlr).

Quelle est la séance de tirs au but la plus fascinante de l'histoire ?
Parce que je m’en souviens avec une grande déception, c’est France-Italie 2006. Alors que pourtant, la récente séance Italie-Allemagne était spectaculaire et celle de Liverpool-Milan 2005 extraordinaire. Si je dois en citer une, parce que je m’en souviens comme si c’était hier, c’est cette malheureuse séance de la finale du Mondial 2006 avec David Trezeguet qui tire sur la barre.

D’ailleurs, si David Trezeguet a tiré sur la barre, c’est parce qu’il savait que son coéquipier à la Juve Gianluigi Buffon connaissait ses habitudes. On en revient au raisonnement d’Éric Cantona cité dans le livre, au moment de tirer un deuxième penalty en l'espace de quelques minutes face à Chelsea : « Ma première pensée a été de loger la balle dans l’angle opposé du premier tir. Mais j’ai réalisé que le gardien allait se dire la même chose, alors j’ai décidé de tirer au même endroit. Seulement, le gardien devait sûrement se dire que je savais qu’il savait, alors... Vous savez quoi ? La vérité, c’est que j’ai juste tiré un penalty. »
Exactement. Comme Cantona à l’époque, c’est clair que comme il s’entraîne avec le gardien tous les jours, il va se dire : « Je sais qu’il sait que je sais qu’il sait... » , et ça va le perturber. Tu rajoutes à ça le stress d’une finale de Coupe du monde, il devait avoir un électrocardiogramme assez élevé...

Il y a l’école de Guy Roux et Valeri Lobanovski, qui soutiennent que l’on doit s’entraîner à une séance de tirs au but et d’autres comme Mickaël Landreau ou Didier Deschamps qui pensent que l’on ne pourra jamais recréer les conditions réelles. Qui a raison ?

« Guy Roux va te dire qu'il faut t’entraîner avec des joueurs qui font l’aller-retour depuis le milieu du terrain, un arbitre et des supporters autour... Mais une fois arrivé en finale de Coupe du monde, ce n’est pas parce que tu t’es entraîné 10 000 heures avant que tu vas avoir un état de calme absolu. »
C’est un débat permanent. Guy Roux va te dire qu'il faut t’entraîner avec des joueurs qui font l’aller-retour depuis le milieu du terrain, un arbitre et des supporters autour... Mais une fois arrivé en finale de Coupe du monde, ce n’est pas parce que tu t’es entraîné 10 000 heures avant que tu vas avoir un état de calme absolu. C’est assez compliqué d’affirmer s’il y a oui ou non un apprentissage de la peur. Il y a une étude économique de Gary Becker (prix Nobel en 1992), qui a étudié les habitudes de consommation de personnes qui ont vécu un attentat terroriste pendant l’intifada entre Israël et la Palestine. Il a supposé que de vivre un attentat terroriste allait changer tes habitudes de consommation parce que tu allais arrêter de prendre les transports en commun là où il y avait les attentats. Pour autant, il montre que malgré les attentats, malgré la peur qui avait augmenté, les gens ont continué à utiliser les transports en commun et finalement vaincu la peur. Ce que l'on retrouve dans le raisonnement de Guy Roux, c’est : « Entraîne-toi à cet apprentissage de leur peur pour pouvoir la dépasser et faire la différence en finale de Coupe du monde. » Mais tu peux très bien mettre des supporters à gueuler à l’entraînement pour créer une peur artificielle, le jour J, le joueur reste avant tout un être humain.


Venons-en au chapitre Pourquoi les tirs au but devraient être tirés avant la prolongation. Tu proposes que l’équipe qui remporte la séance de tirs au but parte avec l’avantage en prolongation et tu expliques que cela permettrait de relancer l’intérêt de la prolongation,​ ​bien souvent cadenassé​e​, et de redonner un sens collectif à la décision finale. Mais toute la dramaturgie des tirs au but réside justement dans le fait qu’ils soient décisifs...
En économie, quand on a une hypothèse, on réalise une expérimentation pour vérifier si elle est vraie. L’idée, c’est de dire : tu prends un championnat X, tu expérimentes la chose pendant trois, quatre, cinq années pendant que tous les autres championnats gardent la règle classique, et tu compares ensuite ce qui a le mieux fonctionné tant au niveau des audiences, du plaisir des joueurs, des spectateurs, des téléspectateurs... Je ne dis pas «  Moi je veux tout de suite les tirs au but avant la prolongation » – d’ailleurs je termine sur le chapitre Pourquoi on aime tant les tirs au but. Je suis plus pour une expérimentation qu’une application.​ Et si seulement ça plaît plus que sur les autres championnats, on envisage de le généraliser. ​​Prenons l'exemple de la victoire à trois points ​: elle a ​été appliqué​e​ bêtement parce qu’on a cru que cela allait fonctionner. Alors que concrètement, la victoire à trois points n’a pas apporté une bonification au point de vue offensif. En Espagne, ils ont constaté qu’une fois que tu mènes 1-0, le nombre de cartons augmente et le nombre de joueurs à vocation défensive augmente. Donc le beau jeu n’a pas été amélioré.​ ​Les deux seules personnalités ​qui ​se sont prononcé​e​s sur l'idée des tirs au but avant la prolongation sont Sir Alex Ferguson, qui est pour, et Guy Roux, qui est contre. Guy Roux affirmant que Sir Alex était bourré quand il s’est prononcé là-dessus... ​Encore une fois, je suis pour l'expérimentation comme l'a fait la LFP en supprimant la prolongation en Coupe de la Ligue.​ ​Il y a plus de 200 associations à la FIFA, on va bien trouver un ou deux pays qui vont accepter de tester une nouvelle règle.

Pour finir, si l’on devait se décider à expérimenter trois-quatre nouvelles règles dans les prochaines années, ce serait quoi ?
Le carton blanc me paraît être une absolue nécessité. Au niveau professionnel comme amateur. Quand tu as des joueurs surexcités, tu pourrais leur dire « va te calmer dix minutes sur le banc » plutôt que de lui mettre un rouge direct et qu’il ait envie de casser la gueule à tout le monde. La vidéo, il faut en débattre. Pourquoi pas mettre un quatrième remplacement pour donner un rôle plus important au coaching. Pourquoi pas aussi le bonus offensif en cas de large victoire.

Propos recueillis par Florian Lefèvre
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